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Par Camille Loty Malebranche

 

La pire des apories à la liberté de l'homme, c'est de vivre selon une conscience à la remorque, une ipséité indéfinie et suspendue aux basques de situations provoquées de l'extérieur. Car la liberté est proactive, prévisionnelle; elle doit se construire, s'armer et se projeter pour anticiper l'opposition, faire face aux situations contraignantes qui l'éprouveront.

 

Tout est donc pour le mieux malgré le pire des mondes! C’est ce qui apparaît lorsque je vois le déferlement de la duperie et des niaiseries des loisirs « people » dans la presse, ce guide de l’opinion collective voire de la vision du monde publique. Une main politique cachée et adroite, celle de l’establishment économique - la petite poignée oligarchique - qui mène tout, enivre jusqu’à la débilité, jusqu’au délirium tremens, une civilisation qui se complaît bêtement d’un discours pseudo-analytique, pseudo-critique qui chante les bienfaits du capitalisme contemporain classé comme indépassable. Discours d’eschaton idéologique qui, paradoxalement tout en se proclamant pur et innocent, déplore et dénonce en même temps ses propres conséquences comme pour satisfaire à la conscience intello du petit bourgeois lecteur ou téléspectateur, la grande injustice planétaire et ses mégalomanies sacrifiant le monde à la gloire de quelques-uns. Ainsi leur presse fustige-t-elle le pillage du Sud par le Nord, l’exploitation de travailleurs de la périphérie, la délocalisation et le chômage au centre, la traite de femmes, l’esclavage moderne, le déséquilibre salarial entre les genres, le tourisme sexuel pédophile, l’exclusion des majorités dans le développement, la fracture technologique dans un monde où la technologie est prétendument à la portée de tous, la misère et la faim même dans les villes les plus riches des pays nantis, la famine aux pays pauvres, le mépris de la santé publique par les tenants de l’agriculture non biologique, leur usage des pesticides, la vénalité mercantile de la pharmaceutique dont le souci des brevets et le coût des médicaments excluent du droit aux soins la majorité gueuse des malades et maladies,  l’absence de soins adéquats aux populations privés de médecins et de remèdes, la violation par les gouvernements des traités écologiques… 

 

Tout cela pour faire croire à la morale d’un système cyniquement amoral. Naturellement cet édifice est conçu pernicieusement sur l’image d’Épinal d’un monde bon et juste en essence pour rendre médiocrement espérante et confiante la perception que le simple citoyen ou individu peut avoir des menées systémiques du monde contemporain. Or, nous savons que le système mondial tant économique, politique que diplomatique est un capharnaüm d’abjections et d’écrasement des petits par les puissants, nous savons également que la candeur et la veulerie du grand nombre, nourrissant le fatalisme devant l’intraitable et implacable course à l’intérêt et à la domination des profiteurs de l’injustice, assomment le vaincu ou l’asservi qu’elles gardent dans leur perclusion sociale, leur sempiternelle forclusion de marginalisés figurants depuis la nuit des temps de l’histoire. L’on sait que la candeur ou le fatalisme de certains amérindiens comme les aztèques, les taïnos et les mayas leur a valu la réification, la disparition ou d’affreux génocides. On est esclave de son ignorance, son absence de défense! Dans le monde contemporain, l’on capitalise tellement sur la démocratie que l’on finit par dissimuler les vrais enjeux grossièrement ploutocratiques et tyranniques des multinationales, des marchés et de la presse alignée conçue pour imposer leurs diktats. La facilité d’absorption des loisirs voire des vulgarités, la quête d’émotion de toutes sortes, la libération d’une forme de sexualité qu’il convient d’appeler une érotophilie par images et l’afflux de la demande dans une société de grande solitude où le multimédia et la télévision jouent le rôle de succédanés de compagnie par leur programme prétendant briser les claustrations et solitudes modernes.

 

Dans un monde où la vie intellectuelle est recluse par des institutions déversant leurs spécialistes affairistes pour désinformer l’opinion publique, dans un monde où l’insertion crurale de la caméra télévisuelle et les exhibitions fessières sont faites millionnaires alors que le sérieux du débat interrogatif est méprisé par ceux-là à qui il est dédié, l’on comprend que la majorité d’entre nous avec des œillères de horde primitive et agressive masquée en « civilisés », ne méritent guère d’être libres! Le plus efficace  des outils idéologiques, est sans doute la télévision, le narcissisme populacier des acteurs hollywoodiens, le sensationnalisme des hommes de scène populaires, la tératologie, cet univers de monstres, par effets spéciaux, le choix des programmes ayant les meilleurs côtes de popularité : films policiers ou de guerre, terrorisme, épidémies mortelles imminentes, grossissement des parasites menaçant la race humaine, exposition excentrique de la fortune des imbéciles enrichis par une basse société de consommation, idolâtrie des bouffons amuseurs riant des pauvres et des victimes de l’injustice sociale, projets fantasques de coloniser la prochaine planète semblable à la terre, complaisance d’un public de bas étage qui préfère honorer les politiciens, les cossus et les icônes vivantes, les héros fabriqués, les spécialistes vendus, véritables parasites de l’ordre socio-économique mis à contribution de leur enrichissement et leur empire… Tout cela prouve que dans un monde soi-disant surinformé, où les moyens de communication par la presse et le multimédia sont si présents qu’ils débordent l’univers de l’individu, la désinformation et l’abêtissement par une information dénaturée qui bêtifie, orchestre le pire ennemi de toute liberté : l’Ignorance. On se croirait dans l’ignominie despotique du stalinisme, du soviétisme et du nazisme en peine démocratie! Le totalitarisme a changé de nom et est devenu souriant. D’autant plus dangereux et plus mortel que nos ignorants se croient informés et autorisés à avoir leur opinion. Hélas! Nous vivons un monde où la démocratie subvertie impose l’opinion publique très majoritaire dénaturée par la presse et bannit la véritable analyse minoritaire qui ose interroger les faits et l’information qu’on nous en donne! Comme jadis, quand la « doxa » c'est-à-dire l’opinion, est la règle, la connaissance voire l’information véritable devient l’exception. Les philosophes depuis Platon l’expriment très bien en différenciant la philosophie comme doctrine et proposition de manière de vivre de la « philodoxie », semblant de philosophie généralement de mode sans vrai questionnement analytique ni quête de vérité, mais opérant selon des sophismes et des niques farfelues telles les dérives hédonistes actuelles de certains pseudo-philosophes assouvisseurs de foules face aux problèmes du sens.

 

Épopée historico-sociale de la liberté

 

Si l’on évoque l’idéal au nom duquel tous les grands soubresauts de l’histoire ont lieu, l’on nommera à coup sûr la terrible liberté, cette bannière de tous les mythes et de toutes réalités des prouesses, héroïsmes et révolutions au cœur des sociétés humaines. Concept brûlant, flamme fascinante et psychédélique qui guide l’histoire! Chaque champ de connaissance ou d’action invente sa vision de la liberté. Le légaliste voit la liberté dans le respect des lois à la manière d’un Montesquieu qui dit : « la liberté est le droit de faire ce que permettent les lois »; alors que l’anarchiste propose le démantèlement de toutes les lois et institutions, (on se rappelle Bakounine qui, fantasque, voudrait tuer Dieu pour priver tout ordre humain de ce support suprême); le matérialiste n’accepte que la liberté temporelle sans contraintes ni privations d’ordre matériel; l’hédoniste proclame l’assouvissement de tous les désirs; le mysticisme bouddhique nous propose d’atteindre le nirvana en nous libérant du désir qui nous rend esclave du sansâra. Pour le croyant chrétien que nous sommes, la liberté ontologique ne prend substance et forme que par la foi en Dieu et l'acceptation de la rédemption offerte en Jésus; Ainsi, pour nous, la libération christique de l’homme est la seule liberté qui affranchit vraiment de l’absurde métaphysique. Par ailleurs, si l’impermanence ponctue l’absurde existentiel des êtres, l’engagement pour la liberté et la lutte pour la libération constituent une constante de la civilisation et une permanence de l’histoire. Fichte appelle les branches de la philosophie, « les sciences de la liberté » comme si tout questionnement de l’homme dans le monde réfère à ce seul sens possible de l’action humaine. Dans l’humanité abêtie par les idéologues de l’ordre social et économique dominant, on n’imagine même pas un nettoyage radical de la planète. La puanteur et la toxicité des déchets de l’animal humain ayant infecté la terre, est aujourd’hui contournée, banalisée par des prétentions fantasques de coloniser d’autres planètes! Toujours le syndrome du virus qui caractérise une espèce impropre à son propre bien ou survie! Détruire et fuir les conséquences de sa destruction. L’ignoble intérêt immédiat l’emporte crapuleusement sur le projet de vie phylétique à long terme. Pour les peuples comme les catégories humaines, la dignité exige une élévation de soi par l’opposition à toute force aliénante et liberticide, opposition à l’oppression et affirmation de soi par la liberté sans laquelle il n’y a plus d’humanité mais une ombre réifiée qui mime la vie. On peut certes bricoler des sens factices par toutes sortes d’idéologies, telle celle du marché qui, aujourd’hui, masque la pauvreté voire la misère ontologique de notre temps vide de tout; on peut travestir les horreurs de la déconvenue des majorités par des promesses de croissance économique de l’État, mais le seul acte à pouvoir manifester la face de l’homme demeure celui du sens qu’il appréhende et se donne librement sans le contrôle et la peur de l’autre!

 

Il faut éviter les tics du petit-bourgeois bureaucrate maniéré et Pangloss complexé qui sait exécuter mais ne peut créer et qui croit qu’exécuter les dictées des maîtres du marché peut être un modèle de libération pour les peuples. Eux qui préconisent la charité nationale et internationale au lieu de la justice sociale au sein des pays. Conspuons les tyrans souriants d’une certaine presse-laboratoire de snobs et de balourds « mal surinformés », dictant et imposant des comportements de mode comme un impératif existentiel et moral. Conspuons l’ordre de la consommation qui assoit le règne du publicitaire dénaturant le réflexif, réinventant jusqu’aux réflexes humains par les spots de l’imagerie et de l’injonction de la réclame. Conspuons le financier et l’économisme boursier, « financiarisme » qui assoit le règne du pdg sans devoir dans la société globale, tenu seulement au profit des grands actionnaires de sa société commerciale et exigeant de l’État, la suppression de tous programmes sociaux. Conspuons aussi les larbins répéteurs de l’ordre injuste en cours, eux qui exécutent les programmes sordides de l’idéologie autoproclamée imbattable, et qui proposent le prêt-à-penser capitaliste comme seule panacée à l’horreur dont le capitalisme est proprement l’une des principales causes. Conspuons le sexualisme pathologique et la perversion masquée tonitruante cherchant audience par l’orientation sexuelle bêtement érigée en vertu, dévalorisant les luttes de droits sans exhibitionnisme infâme. Conspuons notre propre passivité, la passivité des opprimés et des victimes laissant faire, car laisser faire est complice de l’entraliénation où la soi disant élite est bourreau qui exprime sa voracité haineuse et où les majorités qu’il appauvrit, accepte voire intériorise bêtement les fausses valeurs de cette clique prédatrice, tueuse et ennemie de toute démocratie. Et, au bout de ces rejets nécessaires et révoltés, prenons l’initiative, ne nous arrêtons pas à conspuer, mais conspirons par l’action. L’initiative n’existe que par la volonté libre, celle qui n’attend pas les gestes de ceux d’en face, car attendre, c’est être condamné à réagir et ainsi perdre la préséance et la précession du faire et du devenir sur l’ennemi. La fin de l’histoire est une fumisterie des défenseurs stipendiés du capitalisme agressif; agissons, soyons à l’origine de l’action et par là même, élargissons notre espace public libre et libérateur! L’individualisme, loin de renforcer l’individu, le rend vulnérable parce que l’isolant sans le support de la communauté qu’il pourrait contribuer à structurer et dont il se sépare et se prive. Ainsi, sous prétexte de vie privée, on nous isole les uns des autres, alors que le système social détient toute notre vie privée en information dans ses banques de données. Drôle de vie privée! Alors que les maîtres des structures ont inventé les mégapoles pour atomiser la société,  pour gruger et égruger l’individu réduit à sa petitesse individuelle, efforçons-nous de former des groupes de pression citoyens pertinents et efficaces qui échappent aux institutions officielles de la rection sociale, de là, passons à l’action qui libère sans compter sur de faux regroupement tels certains syndicats affairistes, soudoyés et institués pour freiner l’action réellement syndicale et libératrice. 

 

Prendre l’initiative d’être libres en instituant leurs propres repères du sens collectif, hors de cela, pas de salut social des majorités exclues dont le sens est voracement exproprié et ravagé par le système socio-économique contemporain, maître d’absurdités au pouvoir!   

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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