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Par Camille Loty MALEBRANCHE

 

 

Toute la sagesse christique sotériologique peut s'édicter par cet apophtegme de dynamique ontologique:

Opère l'ascension de ton Esprit par la contemplation et la fécondation des profondeurs de ta nature appelée à l'infinitude, ou tu dégénèreras jusque dans l'infrahumanité, jusqu'à n'être qu'épluchure métaphysique, reliquat de l'absurde.

Dans le contexte hellénique, il est un fait marquant que la montagne, ce symbole avéré d'élévation, figure dans deux grands mythes négatifs: Sisyphe et Prométhée. Des mythes majeurs colportant la plus dure allégorie de la destruction par la damnation. Comme si la tentation de s'élever, s'enfonçant aux noirceurs des abîmes, ne connaît guère la lumière des sommets! L'imaginaire des sommets, galvaudé par la réalité humaine, aboutit au supplice de Sisyphe, à l'Exécution du Prométhée. Le premier accroché à vie à son terrible rocher en torture de vaine répétition; le second comme lieu d'enchaînement et d'exposition au rapace de la dévoration et de la défaite sans cesse renouvelée.

Le plus simple, crie la foule à l'unisson, est de contourner la montagne, refuser les obstacles et leurs souffrances. Mais le drame, est que les montagnes ne se laissent pas toujours contourner, il faut souvent les gravir, car elles sont très souvent la route des sommets à atteindre. Gravir et savoir faire mieux que Sisyphe, c'est-à-dire savoir déposer tout rocher et se débarrasser des impedimenta avant de commencer l'ascension ou l'escalade de ses montagnes, voilà la sagesse suprême. Conquérir en évitant le vol illusoire, insensé de l'ingérable feu de Démiurge quand on n'est soi-même qu'une créature... Savoir assumer sa nature dans la gloire possible, loin des excès bêtes de la fausse démiurgie prométhéenne qui voit le mortel vouloir renverser le Créateur Divin avec son secret de vie que nul ne peut sonder, voilà la sagesse qui déifie. Car la révolte métaphysique est une ineptie commune aux faux révoltés, aliénés ontologiques qui confondent accomplissement et dénaturation et s'en retrouvent pires que de la paille, égrugés par leur aberration, réduits en tristes balayures de leur propre imposture...

Le christianisme propose une weltanschauung mystique et autrement supérieure à la fatalité damnatoire des grecs. Ainsi, contre la ténèbre du chemin aveugle du faux révolté, elle propose la vraie révolte contre la mort et la déchéance, la victoire christique sur les rages vaines et pécheresses de la haine de Dieu selon l'orgueil sans issue du mortel. Et, dans cet univers de Foi et d'Amour divin, le judéo-christianisme propose le Sinaï, comme espace de rencontre divino-humaine, épatante de révélation du "JE SUIS" Éternel à l'homme, le "JE SUIS" du hic et du nunc à la créature humaine qui aspire à l'éternel à travers l'esprit que le Père Céleste, dès le Commencement, dès la Création, a tiré de Lui-même pour faire l'homme à son Image. 

Et, comme pour entériner cette rencontre infinie révélationnelle, Dieu poursuit de montagnes en montagnes sa manifestation plurielle.

Le mont Tabor fut alors mis à contribution pour un aperçu de la transfiguration à venir et malgré le Calvaire et son lugubre Golgotha, le Christianisme nous prouve que la montagne chante et rayonne de Gloire car précisément le calvaire fut une parenthèse d'un soir, vite refermée... Et la montagne glorieuse lumineuse a, de la colline galiléenne, dans la toute ultime expression du Rédempteur ressuscité, incarné l'envol vers les cieux, la terre de l'Ascension du Christ. Ascension spirituelle où Jésus signifie notre propre ascension à venir, donnant au genre humain la revanche longuement attendue sur l'échec de Babel. L'homme ne s'illusionne plus à vouloir monter vers Dieu par les bataclans matériels de la technique ou de la science, il sait que l'on n'y arrive que par la foi et la spiritualité, ces irrépressibles puissances déitaires d’élévation et de transcendance.

Ainsi, pour le chrétien, le rocher de Sisyphe et la montagne de Prométhée, ne sont que des épines déchirantes du charnel psychologique de l'homme sans Dieu. 

La Foi Spirituelle en Dieu et son Christ, est la montagne, le rocher inébranlable, surélevé sur qui, l'homme accompli bâtit sa demeure. Le feu prométhéen, volé et fausse révolte, incinère la civilisation par les incohérences dont nous constatons les ravages d'une fausse liberté d'anomie et d'agressivité, qui ne sait que sévir par le lumignon fumeux des guerres et des conquêtes, des malheurs et des déchéances, des passions morbides et du péché de toutes sortes contre la nature humaine et contre Dieu. Le feu  de l'Esprit donné gracieusement par Dieu et non point volé et inassumé, brille sans ombre au sommet de la victoire éternelle.

La montagne de Dieu hisse au sommet de la vie et de l'apparente vanité de ce parcours de l'homo viator qu'est l'ici-bas, la félicité de l'esprit vivant qui sait que la mort, cette mort qui hante les Sisyphe et Prométhée maudits de leur propre aberration de faux révoltés, est illusion éphémère comme le monde lui-même, et que l'homme de Dieu, fort de la rédemption et de l'ennaturation en Christ, est, par vocation, intronisé aux pinacles de la Vie divine, éternelle. 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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