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Par Camille Loty Malebranche

 

Toute liberté bien conçue et bien assumée porte en soi, même sans charte ou sans jurisprudence, le principe inhérent à sa praxis, la loi immanente à sa vérité qui est de rejeter toute indolence ou excès qui l’altère. Si la liberté est un attribut, un champ de pouvoir irréductible au permis qui lui sert de cadre, en aucun cas, la liberté authentiquement assumée ne saurait violer le permis authentique qui la maintient dans la justice pour l’agissant et ceux qu’implique son action. Là, nous sommes portés devant ce qu’il faut appeler l’interdit juste. L’interdit juste et idoine est une sorte de loi conservatoire, loi de conservation principielle de soi de la liberté. L’interdit juste constitue la part de nuance qui éclaire la voie de l’homme libre pleinement emmétrope dans l’expression de sa souveraineté dans l’agir. 

Les perversions de la liberté justifient l’interdit, et la répression est, dans les cas de corruption de la liberté par l’excessif qui la dénature, une nécessité de la justice. L’interdit juste est à l’échelle de l’humain ce que sont les limitations fixées par les lois principielles de la nature. C’est, par exemple, une loi de la nature, le feu brûle et consume et que s’y jeter, est périlleux pour l’homme. La nature, donc, nous impose d’éviter le feu que nos capteurs thermiques nous font douloureusement percevoir dans sa dangerosité. Un principe naturel de conservation que la rationalité de la culture nous transmet comme savoir protecteur établi.

Il est au moins deux sortes d’interdits, ceux qui préviennent le mal et favorisent le meilleur de l’humain, que nous appellerons « interdits justes ou authentiques » et ceux qui freinent pour favoriser la classe oppressive du pouvoir que nous désignons comme « interdits idéologiques ». 

L’interdit juste existe pour sauver l’homme de ses tendances à l’excès qui sont dangereux autant pour lui que pour autrui. L’interdit juste est le troisième œil prêté à l’homme, pour accompagner l’élan naturel au meilleur. Dans un monde imparfait où le meilleur est un idéal, l’interdit juste authentifie l’obligatoire, accepte le permis et encourage le souhaitable pour en éviter toute corruption par les défauts de caractère affectant l’humain ici-bas. 

Interdit idéologique, manipulation abominable.

Aujourd’hui, en plein vingt-et-unième siècle, nous avons une bonne poignée de principicules républicains ou monarchistes, présidents ou premiers-ministres, qui servent en zélateurs les rois invisibles de la finance. Pour eux, le principal interdit édicté par leurs lois, tel au temps des rois de droit divin, c’est la révolte populaire et sa menace de désobéissance civile. Cet interdit pérenne, cette colique des gouvernants devant la révolte qui désobéit et renverse, correspond au besoin des monstres systémiques dissimulés derrière les élus, monstres dont l’injustice ne sévit que par l’interdit idéologisé moralisateur qui autorise pourtant la violence de la répression de l’ordre établi ainsi présenté juste et suprahumain contre les peuples. L’interdit idéologique est le socle du pouvoir des puissants craignant pour leur règne. Interdit au nom de quoi toutes les propagandes et tout le mensonge systémique sont orchestrés. Un système juste s’appuierait sur l’éducation et la motivation, jamais sur l’interdit insensé qui protège les injustes intérêts d’oligarques recourant à la manipulation collective pour justifier l’injustifiable et maintenir à coups d’arguties politiques, l’inacceptable à la raison et à la dignité. Ainsi, toutes les fois que l’interdit sert une ignominieuse prépondérance systémique oligarchique, prépondérance donc de classe aux dépens des majorités voire du peuple, il (l’interdit) est une manipulation abominable à rejeter par la révolte.

En matière spirituelle, l’interdit juste est celui qui nous empêche de galvauder notre essence, la vérité de notre nature. C’est un interdit qui vise toujours à nous élever au niveau de notre humanité plénière et à y croître. Car toute essence, pour se conserver et grandir en son ipséité, doit ancrer dans sa propre nature. Ainsi ne pas fixer des balises principielles de la norme essentielle, c’est vouer l’essence à la dénaturation voire la disparition. Piétiner le juste interdit, c’est désignifier les normes en altérant les principes de l’esprit.

La juste liberté, dans sa vocation d’ajuster l’action à la conscience du bien animant et motivant l’agissant, ne peut négliger de prévenir la part de manque que constitue toute possibilité d’altération du sens pouvant affecter son action. Car il s’agit avant toute chose que la liberté reste conforme à la nature de l’esprit dans l’acte à poser. C’est pourquoi cette conscience accepte de s’interdire toute part qui écorniflerait la volonté de justice que porte l’agissant.

L’interdit juste sauve la liberté en elle-même. La liberté libre est celle qui sait se fixer librement des balises justes. L’homme étant porté vers l’excès de pouvoir par nature, chacun de ses actes libres doit pouvoir faire face aux limites de la justice envers soi et envers autrui. 

La justice envers soi-même est le commencement de toute liberté déliée, émancipée des forces manipulatrices des prédateurs et aliénateurs de ce monde d’injustice. La justice envers autrui est une indicatrice majeure et sûre de l’authenticité de la liberté. 

Tous les abus : les agressions des grands pays contre les petits, la séquestration financière des biens communs de l’humanité, la brutalité individuelle du plus fort contre le plus faible, oui, toutes les injustes violences directes ou indirectes, légales ou non, viennent précisément de la méconnaissance de l’interdit juste écrit ou tacite, inhérent à la nature même de la liberté. Comme pour nous dire que très peu d’humains savent vraiment être libres… Car très peu d’humains ont la noblesse d’esprit de refuser une « liberté » qui écrase autrui. Celle, par exemple de Bush faisant bombarder l’Irak ou du violeur sûr d’impunité dans des circonstances de guerre, qui torture et viole la femme sans défense…! La liberté totalitaire des dictateurs et des financiers, autorisée par les lois injustes du monde et de ses institutions, est une illustration éloquente du mépris de l’interdit juste qui doit prédominer en toute action libre pour que celle-ci ne devienne tyrannique, ennemie de la liberté. Force est de remarquer que le néolibéralisme et ses prépondérances financières manifeste les horreurs que la liberté de quelques-uns peut infliger à tous par un manque d’interdits justes. 

Justice envers soi et Justice envers autrui, tel est le touchau de la liberté authentique de l’homme qui s’efforce d’être digne de sa souveraineté de conscience libre. L’interdit juste qui délimite l’empan de la liberté est le complice de l’homme vraiment libre. L’interdit juste est en somme l’intervention de la sagesse comme mode de discernement moral et logique qui confère à la conscience libre son authenticité, sa plénitude quand elle choisit d’agir en toute liberté.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Copyright © CAMILLE LOTY MALEBRANCHE - Blog INTELLECTION -  2017

Tag(s) : #Monde du Concept

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