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Par Camille Loty Malebranche

 

La vie de l’homme est faite d’ancrages et de ruptures, de rencontres et de séparations. Tel est le fatum des stades de l’existence individuelle comme de la coexistence des consciences et des situations dans un monde en perpétuel mouvement où les consciences sont en permanente croissance ou évolution. 

Pour qui suit de près l’évolution de toute vie, la séparation est en fait une part essentielle de l’être. Nul animal ne serait lui-même, individu de son espèce sans la séparation d’avec sa génitrice par la parturition. Ensuite, le sevrage constitue un moment fort de la séparation de tout mammifère nouveau-né apprenant à se nourrir et à vivre par lui-même. Quant à l’homme, sa vie est une succession de séparations élevantes et dépossédantes. 


Ruptures ou (Séparations) élevantes.


J’appelle ruptures ou séparations élevantes, toute discontinuité qui, imposée par la nature, nous élève comme être à part entière. C’est le type de séparations ou ruptures sans quoi, nul être humain ne saurait croître comme individu atteignant le stade de sujet et de personne plénière après son individuation native (la naissance), la rupture du cordon ombilical, le sevrage, tous les phénomènes naturels physiques ou physiologiques comme l’apprentissage de l’équilibre, de la marche, lavènement de la puberté etc. Ces phénomènes tout naturels même parfois rudes voire traumatiques pour certains hormis la puberté qui nous apporte le jouissif, sont nos sortes de lettres de créance que nous présentons à l’existence en temps et lieu convenables comme pour dire à la vie que nous sommes et demandons à être de son sérail. L’homme ne se rappelle même pas sa venue au monde suivie de cette littérale rupture du cordon ombilical, un phénomène si traumatique que le psychanalyste Otto Rank en parle sous le nom de "traumatisme de la naissance" dont il fait à tort ou à raison ce que nous pourrions appeler (l’engramme inconscient déterminant plusieurs de nos comportements adultes)! 

Chose certaine, ces ruptures, ces blessures sont fondatrices de notre être au monde car leur acquis dure à vie, et elles sont la voie obligée de l’autonomie individuelle qui en naît. Pour le reste, tout acquis avec l’âge, tout apprentissage et dépassement qui affirmera notre âge mental, c’est-à-dire notre niveau spirituel, intellectuel affectant et orchestrant notre comportement car mis en acte dans notre agir, signifiera notre mode de croissance comme sujet, c’est-à-dire en tant que personne humaine se projetant par la pensée et l’action. 

 

Abandons : (Séparations et Ruptures) dépossédantes.


Tout abandon est une séparation dépossédante et parmi les abandons multiples de la vie au cours du fleuve temporel: les félonies, les incompréhensions, la mort, sont ici-bas, des plus extrêmes des dépossessions... La mort de ceux qu’on aime et celle que tous, nous avons à rencontrer un jour, est quant à elle, un horizon de déréliction de cette fugacité qu’est le monde. Là, seule la transcendance spirituelle console et fait triompher car l’esprit, quoique vivant au monde, est littéralement supramondain. 

C’est pourquoi, je dis toujours que l’affection, le temps à manifester ses sentiments d’amour, de joie et de partage sont fondamentaux dans les relations avec les proches. Si ton géniteur, ta génitrice ou ta progéniture rejette ton affection ou te refuse la sienne pour des raisons banales et matérielles, c’est donc un monstre qui n’a avec toi qu’un rapport de devoir utilitaire, et si ton parent ne t’apprécie seulement que quand tu as la côte sociale et le pouvoir d’achat, rejette-le, c’est une saleté indigne qui te fait du mal. Ne sois jamais dupe volontaire par peur de séparation quand les sentiments sont visiblement faux. Un parent qui ressasse des reproches sur ta situation ou ta vie, est un malade ou un méchant qu’il faut soit faire soigner soit laisser tomber selon son cas pariculier. Le sentiment engendre une relation éminemment humaine dont les infinies et ontologiques richesses sont en soi; des richesses non marchandables, non monnayables qui ont en elles-mêmes leur plénitude, leur incommensurable et pleine satisfaction, leur fin leur étant immanente. Le proche parent ou l’amoureux qui cherche dans les choses matérielles ou sociales, une compensation à leur soi disant amour, sont des menteurs manipulateurs à expédier sans complaisance aux cloaques du déshonneur et de l’infamie.  

Les séparations sont une voie inéluctable pour un être dont la permanence du soi ne se corse que par le mouvement vers l’avenir, l’impermanence des multiples stades du développement personnel...

 

Séparations conflictuelles et Séparations naturelles.

 

Les séparations conflictuelles, celles d’avec autrui, sont des blessures des malencontres et des illusions sur les sentiments des autres. Elles doivent être dépassées par le détachement malgré l’intensité vraie de nos sentiments. Car un sentiment fort, intense et vrai sans ambiguïté ne doit jamais devenir dépendant de l’autre qui pourrait méchamment et mesquinement en jouer pour nous asservir. De toute façon, en notre monde bête et sans élévation humaine, l’autre digne de nos sentiments est extrêmement rarissime! 

Les séparations naturelles sont le faix de la finitude matérielle de l’homme dont la dimension somatique est fatalement assignée au temporel. Le temps étant un monstre qui broie l’être organique dont il signe la fin, séparant ainsi dans son cours ceux qui, avant son annihilante frappe, étaient unis et inséparables. 

Agentes cruelles de multiples balafres, les séparations sont néanmoins messagères métaphysiques de sagesse existentielle pour l’esprit conscient qui sait transcender le fini en affinant supra-temporellement son être pour l’infini, le divin.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Copyright © CAMILLE LOTY MALEBRANCHE - Blog INTELLECTION -  2017

Tag(s) : #Monde du Concept

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