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Par Camille Loty Malebranche

 

La vertu et le vice sont des éléments du jugement de valeur moral, et renvoient à un mode comportemental de mérite ou de démérite de l’homme en tant que nécessaire protagoniste de l’action où il manifeste sa moralité ou son immoralité, dans ses choix pour la justice ou l’injustice à travers ses actes selon ses valeurs. Vertus et vices sont strictement du domaine exclusif de la morale. Le bien et le mal quant à eux, sont bien plus vastes que la vertu et le vice au niveau sémantique, car ils référent à tous les domaines possibles du sens voire tous les champs existentiels de l’homme: morale, religion, politique... Le bien et le mal concernent autant le mental que l’organique, le sacré que le profane; autant l’activité que la passivité... Au plan moral, le bien et le mal réfèrent à l’action ou l’inaction jugée dans les actes posés ou l’attitude adoptée d’un homme ou d’une institution, selon les voies et fins visées. 


La richesse est un bien en son sens factuel par le potentiel, le pouvoir qu’il octroie au possédant, et la pauvreté est un mal par ses conséquences limitatives des possibles du non possédant. Toutefois, nous parlons de faits humains et de situations comportementales, et cela change strictement tout au plan moral : le riche n’est pas nécessairement le parangon du bien ni le pauvre, le rebut des défauts! Loin s’en faut, dans les voies et moyens qui engendrent les conditions de possédant ou de non possédant, de nanti ou de démuni, il est tout le poids de la perception des hommes, de l’agir des hommes et de leur rapport à eux-mêmes et au matériel!    

Richesse et pauvreté ne sont pas des contingences mais des options d’une certaine institution sociale; ce sont des choix économiques d’une politique étatico-sociale selon le desideratum dominateur des « élites ».

Le bien et le mal, actifs et passifs de la richesse…

La richesse n’est pas une vertu mais un bien pas plus que la pauvreté n’est un vice mais un mal. Entre richesse et pauvreté, il y va un peu comme de l’opposition santé-maladie : la santé est un bien et la maladie, un mal, car il ne s’agit pas de morale d’action mais de condition de vie, de situation humaine. La richesse au sens strict est en soi une condition de vie comme la pauvreté. Le drame du pauvre est qu’il manque du nécessaire, et ce n’est pas en soi un vice, un défaut de sa part. Le fait du riche qui, lui, est comblé d’avoirs matériels, ne tient pas non plus de la vertu ni même de mérites quand on considère l’argent déversé sur des amuseurs publics parfois totalement balourds alors que des hommes de grande intelligence sont méconnus et astreints à la privation! Cela relève du niveau humain et moral de la société et non de la vertu de certains moins que rien que l’on adule et enrichit. La quiddité qualitative des vertus et des vices ne peut s’appliquer au bien et au mal de condition. Il faut ici être précis dans la nomenclature des choses, la nomination des faits : le bien n’est pas associée par essence à la vertu, tout comme le mal est loin d’être naturellement lié au vice. Par contre, là, dans la logique saine des choses et de leur appellation, il est fondamental de comprendre qu’au niveau individuel ou collectif, le fait d’« aimer la pauvreté » et d’y voir un bien, est un vice. Car cela équivaut à ni plus ni moins qu’à du masochisme. Dans cette spécification lexicologique pour le langage idoine, je dois préciser la réciproque dialectique du précédent énoncé par souci d’intelligibilité en évoquant le mot richesse par la maxime suivante : « aimer le bien-être matériel » est juste et légitime. Car le bien-être matériel est un des composants du bien-être en général, un élément non négligeable du seuil de bonheur possible dans cette vie ici-bas. 

Au niveau individuel, ni la richesse ni la pauvreté en leur absolu, ne révéleront la vérité morale d’un homme sans d’autres paramètres pertinents et logiques pris en compte. Là, nous ne parlons pas des grands avares criminels qui instrumentalisent la richesse mondiale par la finance et d’autres formes d’exploitations. Car l’expérience démontre que certains seuils de richesses ne s’atteignent qu’à coups d’excès inhumains, d’utilisations d’autrui, de séquestrations, de compétitions déloyales, d’agressions armées et de privatisations des biens communs des pays voire de la planète. 

En questionnant les faits humains, il est fondamental de nuancer l’absolu et les occurrences. La pauvreté est en soi, au stade absolu, un mal, il n’y a pas d’exception à cette définition. Un mal qu’il faut combattre et c’est là, toute la problématique du bien qu’est le bien-être matériel, car sa voie peut être pavée d’horreurs. Voilà pourquoi des esprits sains tout en cherchant à surmonter et à vaincre la pauvreté, acceptent d’en subir les camouflets tant qu’ils n’arrivent à trouver la voie saine de l’avoir qui ne détruit pas les valeurs de l’être, leur être, tels qu’ils se perçoivent. C’est sans doute, le plus difficile des écheveaux existentiels dans le monde matérialistement pervers où nous vivons.    

Au stade politico-social, la richesse est bien collectif et vertu systémique alors que la pauvreté constitue un mal, un vice socio-économique qui peut être imputable autant à l’État qu’à un ordre du monde imposé et appliqué. La production saine de la richesse est vertu pour des élites dirigeantes vraiment au service de la nation. Je parle des élites authentiques - sans allégeance félonne à des élites ténébreuses d’oligarques, des manœuvriers de l’ombre ou des filières criminelles dissimulées - qui arrivent administrativement à créer les possibilités de production de la richesse à partir des ressources naturelles et humaines et à en faire bénéficier tous les membres de la société sans exception, sans laisser dilapider voire privatiser les biens communs de la nation ni de l’intérieur ni de l’extérieur. Cela tient même du sens commun, que c’est un impératif administratif systémique pour tout pays de produire la richesse et de combattre la pauvreté! Naturellement, en pays nantis, très nantis, nous constatons la démagogie de nos politiciens serfs des bourgeois, qui créent de la pauvreté artificielle selon un système financier abject afin de dominer, d’asservir le peuple, notamment par la dette et la précarité. Dans les pays du nord à forte concentration de richesses, à l’instar du climat glacial sous certaines de ces latitudes du septentrion - malgré le verbiage prétextant des droits de la personne, de démocratie ou de société d’intégration, juste et ouverte - les dirigeants ont la neige dans l’«âme» et le verglas au «sang», ce sont de myrmidons de la froideur, de petits hommes froids, des nains glaciaux, malgré leur gigantisme matériel, dès qu’il s’agit d’évoquer la pauvreté qu’ils maintiennent politiquement et refusent d’éliminer uniquement, froidement par choix financier pour plaire à quelques-uns. Il s’agit ici de mégalomanie et de délire de règne, car s’il n’y a pas de pauvreté, les très grands riches - ceux dont les avoirs sont le signe du vice qu’est leur vénalité prédatrice, leur cupidité sans limites ni scrupule - ne pourraient s’imposer comme des dieux, déterminant pour une bonne part, les conditions de vie des hommes. Le pouvoir étatique en système oligarchique est le sceptre du vice d’un mode de société de mégalomanie dominatrice des riches. Nous sommes dans un contexte de chantage de la "vertu" d'être maître des humains par l'avoir volé et accumulé. Et c’est pourquoi, le contrôle de l’argent par quelques cossus du crédit, est si important car sans lui ils n’arriveraient plus à assouvir tous les bas instincts paternalistes de leur ego excentrique par les privilèges de leur accumulation pécuniaire indécente, d’accaparement privatisant des ressources aux détriments du collectif. À ce niveau, les trop riches des pays nantis ou pauvres sont du même réflexe prédateur.

Toujours est-il que la richesse d’un pays, produite et bien répartie pour rayer la pauvreté et favoriser un mode de vie agréable et non le travail à vie pour gonfler les caisses des banquiers donneurs de crédit, serait une sorte de vraie vertu opérant dans la vision dirigeante. Car pour ce faire, il faut tout gérer pour le peuple loin des voleurs colonialistes et impérialistes voyous en pays périphériques; et contre les pouvoirs financiers des oligarchies prédatrices qui paupérisent l’État dans la majorité des pays riches, malgré les immenses ressources étatiques disponibles. Rendre à tous ce qui est à tous et non à quelques-uns, est une justice sociale exigeante qui oblige les dirigeants à administrer dignement les biens et ressources, sans complaisance avec la crapule financière qui appauvrit les individus et les peuples pour jouir en cercles fermés avec leur coterie. C’est une vertu à poursuive et cultiver que de rayer politiquement et administrativement de la carte économique du monde, les privilèges légaux mais criminels des oligarques qui réduisent par mépris les peuples au travail à vie et à l’endettement à vie en pays nantis, ou en haillons permanents en pays démunis.

En attendant - vu le contexte économique où les rois de la finance sont les nouveaux reîtres de l’autoritarisme d’un capitalisme obscène qui asservit les nations dans un monde où nombre de gouvernants sont des rebuts, de vulgaires reliquats de la ploutocratie financière - redonner au peuple la richesse qu’il produit de son travail plutôt que de l’endetter, constituerait un pas de géant et un signe de dignité pour tout gouvernement l’entreprenant par sa politique.

Anthropologie de la richesse.

Au plan anthropologique, richesse et pauvreté sont d’abord des manières d’assumer nos attributs humains, selon ce que nous développons et mettons en acte comme finalité, selon notre perception de la vocation et du destin de notre être. La richesse matérielle n’est guère signe d’intelligence pas plus que la pauvreté n’indique la sottise comme voudrait le laisser accroire certains courants populaciers issus de la droite pour justifier des privilèges indécents décernés à certains. Car il est des manants ignares riches à cause de leur accointance sociale ou le hasard de leur ascendance leur léguant un patrimoine! Tout comme il existe de brillants hommes qui - pour ne pas s’abaisser à la flagornerie des puissants ou s’adonner à toutes sortes de négoces et de combines indignes, ou encore parce que nés en milieux pauvres et dans des pays arriérés non valorisant les vraies valeurs - vivent au jour le jour. Croire qu’il y ait une relation nécessaire entre l’intelligence d’un individu et sa condition matérielle, est une aberration reprise par des sots répétant les grands manipulateurs publics de la mentalité collective.  

Les biens matériels et temporels sont des accessoires utiles voire nécessaires à certains niveaux, qui accompagnent l’accomplissement de la projection du soi humain dans le sens supérieur de l’humain qui est toujours bien au-delà du fini, de l’objectal et du matériel... 

Au dérouté, les biens temporels renforcent l’illusion, alors qu’aux enfants de lumière, ils servent de tremplin à l’entéléchie spirituelle. 

Le tact conscientiel supérieur, c’est de savoir toujours transcender la condition immédiate que procurent les richesses de ce monde pour en être toujours l’utilisateur et non la chose utilisée!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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