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Par Camille Loty Malebranche

 

Toute la surenchère imageante du corps constamment produit en icône à l’ère où les selfies et vidéos excentriques de l’homme ordinaire trouvent leur expression dans des médias sociaux, renvoie surtout à un exhibitionnisme plat même pas narcissique vu le peu d’estime humaine dans la société de consommation où l’argent et l’objet priment la valeur des humains rendus sans estime de soi, et se rabattant débilement sur leur mimétisme de classe, leur singerie des consommateurs cossus de la classe économique dominante. L’actuelle culture vide et blême des apparences par l’explosion de l’image, n’atteint donc même pas le niveau du narcissisme qui - au plus fort de l’excentricité du narcissique, monstre d’égocentrisme - comporte une vraie part d’estime surfaite de soi, qui doit simplement être modérée, orientée, expurgée pour vaincre l’égoïsme et ses altérations de la grandeur, et faire place à d'autres postures mentales comme l’empathie, l’altruisme... L’image, en contexte d'extraversion débile médiatisée, est simulacre, et comme tout simulacre par la représentation, elle ne saurait combler jamais, le vide d’humanité. Hélas! Nous vivons une ère du vide qui cherche à être comblé par l'image où la fausse estime simulée dans une vacuité se dissimulant par la contemplation exagérée et factice, tient de la débilité collective d'individus voulant désespérément l'appréciation hypocrite, superficielle par l'image plus ou moins exhibitionniste!  
 

La conception du corps, élaborée, signifiée, idéologisée par la société, est l’une des manifestations fortes de l’arbitraire social sur l’individu, marque de la prédominance culturelle sur la nature humaine que la culture réinvente au gré de la mode qui, dans le temps et l’espace, ose refaire selon les lubies des classes dominantes, l’ontologie somatique.

   
Nous sommes en un temps de relativisation du corps considéré non plus comme nature mais instance biologique culturelle, dans l’étayage social des perceptions collectives. Perceptions gobées par les individus à travers le mimétisme médiatique où sévissent le maniérisme jet-set! Ainsi, règne l’esbroufe de la consommation sous-tendue par une fausse vision somatique d’exhibition selon la mode onéreuse et le luxe, sorte de syndrome de star, où le corps n’est qu’objet à valoriser par d’autres objets de marque.


L’idéologie somatique renvoie aux scories de la culture en général telle que véhiculée par l’idéologie sociale. Une culture stérile en humanité, seulement féconde en superfluités; une culture de vanité grossière du corps sollicité et ajusté aux aberrations. Il est, en effet, une telle vanité du corps exprimée par les stars des revues de mode et la masse de leurs émules suivistes, que cette vanité en arrive à aliéner plusieurs de toute humanité au service de l’image corporelle par ce que j’appellerais un effet d’ « iconisation »! Ils sont devenus des noyés annihilés de l'exhibitionnisme et de sa débilité, des narcisses engloutis de la superficialité des effets d’apparence…

 

        L’iconisation de toutes sortes des corps.

 

Avec la chirurgie, la mode et l’ajustement aux modèles de corps, la société offre toutes sortes de corps possibles au gré des lubies et des goûts. Corps sportif, corps remodelé, corps transsexuel, corps épicène, corps anorexique, corps filiforme. Et chaque type de corps, l’éventail des dépenses d’entretiens alimentaires, médicaux, épidermiques et vestimentaires. Les marques déposées sur des habits griffés hyper-onéreux, déraisonnablement chers, signifient en fait l’infériorisation ultime de l’humain qui espère se valoriser même pas par la beauté mais uniquement par le faux repère des marques consommées selon les noms de couturiers de mode. Le corps, dans cette perspective de torsion mentale, n’est rien, et le vêtement le définit dans l’inversion stupide du sens des essences! La culture contemporaine du corps est une vaste dérive propre à la crise du sens sévissant dans la civilisation. L’orthorexie et sa surenchère dans les revues et articles traitant de santé; la sexualité et son omniprésence dans les médias, sont d’autres vastes cantons de la mainmise des idéologues officiels sur le corps, cette « ektostase » humaine comme je l’appelle, étant la face externe de la totalité de la présence humaine au monde. Le corps est la première cible des sollicitations marchandes que la société de l’apparat suggère aux individus. Une société qui accapare l’individu par le regard qu’il lui fait porter sur son corps, un corps brimé et contrôlé par des insinuations et des représentations interminables et versatiles dans la publicité. Représentations que des publicitaires élaborent et inculquent voire imposent sans en avoir l’air. Ainsi, la désignation du corps humain par le corps social, en fait une dimension de l’utilitaire idéologique socio-économique, une banalité de l’utilisation systémique.

 

Le rapport au corps, le style imprimé à l’habillement, la manière de se représenter le corps comme corps du plaisir, corps de performance et corps purement animal en évolution, sont les indices les plus sûrs pour une sémioanthropologie de tout temps humain et social à travers l’histoire. Hier et aujourd’hui encore en certaines cultures, les excoriations, les mutilations, la circoncision, l’excision cherchaient  ou cherchent à l’orée des organes et aux confins de l’organique, un signe de pureté, une projection transcendante, quoique rituellement dénaturée, sur le supra-animal. Aujourd’hui, en occident, si ces pratiques indignes et dangereuses de la religion institutionnelle sont, à raison, rejetées, on n’est pas arrivé à leur substituer du sens au somatique. Et le vide de sens se pare d’énormités idéologiques en guise de repères. Entre le sens dévié, oppressif qui châtiait et le non sens, la désignification qui débilite, une certaine humanité n’a pas encore trouvé la juste mesure, le rapport sain et digne au corps. Et, dans cette grande dérive, rien n’a plus de sens sinon que de l’effet d’un non alignement factice car inoffensif par le look marginal de certains secteurs marginaux usant de tatouage, de piercing, sans toutefois, nulle action révoltée dans le social. C’est un temps de déviance de l’esprit quant au rapport au corps, quant à l’assumation somatique. Temps où l’idéologie du corps, la surenchère de l’apparence marginalisent la distanciation critique qui pourrait aider à la libération véritable. Temps de superficialité et de déchéance pure et simple de l’homme renonçant à toute humanité pour n’être que rouage organique d’un ordre pervers du monde, un monde auquel, sans dignité, le grand nombre se soumet en se laissant mener par ses charons vers des abîmes ultérieurs.

 

Ente le corps déformé à coups de bistouris chirurgicaux pour voguer vers des transformations extrêmes et le corps réduit au mimétisme de mode, privé de toute plénitude expressive propre, se profile le faciès sinistre d’une culture de totale dépossession de soi de l’homme.

 

L'univers somesthésique, (celui du corps perçu en tant que lieu des sens), est aussi la première dimension à qui s’applique la représentation de son essence, du sens de soi chez l’homme. En toutes occurrences, le corps fait figure de coursier des démarches existentielles de l’esprit. Le corps est littéralement l’incarnation, la contenance phénoménale de l’humanité globale sur la scène du temps et de l’espace; face de l’historicité humaine dans cet englobant appelé univers et monde... Nous comprenons, fort de cette implication directe sans intermédiaire au monde, que le corps soit le plus immédiatement sollicité par les influences sociales de mode, de parure, de traitements culturels, tels la circoncision, l’excision, les moulages de toutes sortes selon les canons en vogue. Sortes de rites de prise de possession de l’individu par la société. Dans le monde moderne occidental, on est au temps du corps de la mode ou de la gêne! Et gare à ceux qui ne savent rejeter et conspuer ces impropriétés idéologiques, car ils seront comme assujettis, phagocytés par la mode, au nom du canon imposé au gré des médias « people »!

 

                   En guise d’épilogue

 

Apprends à vivre avec ton corps selon les grandeurs de l’esprit, pense et agis en projetant ton essence spirituelle et vis avec ton corps constamment perçu comme complice organique des splendeurs supra-organiques de ton humanité!

 

Assume-toi le somatique spirituellement et humainement en apprenant sans cesse à transcender tes faiblesses et tes pulsions corporelles par le travail de l’esprit: telle sera, malgré d’éventuelles chutes sur ta route de Sujet en construction, ta victoire de Personne sur les incongruités idéologiques et individuelles de horde d’un monde manipulateur, dénaturant.


Vis avec ton corps comme moyen intelligible d’accomplir ton esprit dans l’univers opaque du sensible. Homme, ton corps est ton lien avec le sensible, cette seule dimension que le corps connaît, mais sache que le sensible bien intelligé renvoie au somatique comme chance de vivre la transcendance spirituelle, une transcendance suprasensible qui ne saurait être ta fuite du monde mais ton ancrage dans la vérité de ton ecceité, ton être profond, pour manifester l’humanité véritable dans le monde!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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