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Par Camille Loty Malebranche

 

Le rapport de l'homme à son corps traduit le rapport de l'esprit qu'il est à lui-même, c'est un rapport de représentation et donc avant tout, un rapport métaphysique. L'homme comme être, est une dimension essentiellement supra-somatique manifesté dans son corps comme une conscience, un centre de valeurs exprimées par les attributs de pensée et d'action que le corps lui permet de manifester dans le monde matériel. Le corps n'est pas qu'une hylè vivante organique mais le grand dépositaire physique et morphologique de l'Homme, en tant qu'il signifie partout où il est la présence de l'humanité par delà l'organisme, au-dessus du simple biologique animal. Dimension tangible de l'humanité. Et c'est là, le mystère de l'homme lui-même, car nul biologiste, nul médecin nul somatologue, ne peut prétendre rencontrer l'humain dans le rapport strict à l'organisme, l'humanité est un univers hypostatique supérieur à l'organique où il se retrouve incarné et dont il use.

    
Le corps humain n'est pas juste une instance organique vivante, il est le centre de présence de ce phénomène indescriptible et indéfinissable éprouvé par chaque membre de l'espèce, cette hyperprésence à conscience unique sur terre qu'est l'humanité...

 
En évoquant le corps, c'est sa place non définitionnelle, sa représentation métaphysique par-delà l'organique que s'efforcent d'étudier les sciences du vivant, qui absorbe toute mon attention! Le corps, en effet est en soi dialectique: tout entièrement organique donc physico-chimique, il n'en demeure pas moins une dimension fortement supérieure, impréhensible pour une bonne part, à toute science biologique ou naturelle, vu la complexité de l'homme qui l'empreint alors que lui, le corps, véhicule la totalité de l'homme qui l'habite. Le corps, par pertinence langagière, ne peut être logiquement dit hypostase même si par manque lexical nous l'appelons parfois telle, car le morphème "hypo" nous renvoie à ce qui serait en dessous, intérieur donc invisible à priori, alors que le corps est précisément ce qui, de l'homme, brille d'évidence physique sur la face de la terre. Le corps serait plutôt l'"ektostase" humaine (littéralement la station extérieure de l'humain), étendue phénoménale de cette essence désignée humaine, phénomène manifestant l’Homme comme espèce et monde dans le cosmos! Étant de notre présence matérielle ici-bas, le corps est l'être au monde et le tremplin biologique de toute transcendance humaine. Tremplin, car lieu d'élévation de l'esprit en marche vers son accomplissement, sa bonification supratemporelle, sa plénitude. Lieu missionnaire de l'homo viator, dimension qui est en soi le principal viatique matériel de la conquête de soi de l'esprit qui doit régner par delà la chair le sang en vivant pleinement le sens spirituel du corps pour l'être physique et métaphysique qu'est l'homme. D'où, nul humain vraiment conscient de soi, ne peut maltraiter ou dénaturer son propre corps, car le péché contre le corps est avant tout péché contre l'esprit qu'est l'homme et contre Dieu.


Le corps humain n'est pas un étant quelconque, pas seulement un être vivant, ou juste un organisme ou encore un simple animal produit ontogénétique de la phylogenèse! D’ailleurs, comme tout ce qui est constitutif de l’être de l’homme, toute définition du corps humain est quelque peu aventurière et réductrice. On ne peut évoquer l’être humain et les dimensions humaines qu’en tentant de décrire leurs champs, leurs niveaux d’existence... Le corps, pour y revenir, est une dimension sacrée de l'être humain, et quoique strictement organique, il reste indéfinissable car il dépasse la simple matérialité! En perspective chrétienne, je dis toujours qu’il s’agit du corps-âme, l’âme dimension impersonnelle,  énergie supramatérielle fondue dans le somatique, qui fait du corps un être vivant, le distinguant de la minéralité dont la caractéristique est l’inertie... 

 

Le corps, dimension humaine splendide par sa part mystérieuse, sa fonctionnalité plurielle incommensurable et cette formidable présence expressive dans le monde qu'il permet à l'esprit et la conscience en ses niveaux somato-sensoriel (conscience proprement corporelle) et métaphysique (conscience propre à l'esprit) qu'il héberge.


Dans la vraie spiritualité, si étendre la maîtrise de soi implique de transcender les pulsions du corps en les canalisant, les gérant, les orientant vers une expression saine, il n’est pas question de haïr le corps. Il s’agit plutôt de refuser toute pulsion négative du charnel, renvoyer le charnel psychologique en tant que complaisance mentale avec le mal et comme antispiritualité, pour dépasser autant que possible nos faiblesses pécheresses. Il s’agit donc de résister à notre peccabilité, aux tendances indues, de nous relever en cas de chute et tout faire pour transcender nos inclinations à la mollesse face au mal. La volonté de l’esprit à se réaliser n’est pas contemptrice du corps ou de la chair mais du charnel qui est une posture suicidaire de l’esprit, et qui tend à devenir psychologique c’est-à-dire mode d’existence indigne par un rapport de complaisance servile à la chair et au monde tangible qui passe.


Aimer le corps et lui rendre sa grandeur par l’esprit le traitant dignement, voilà, la somatophilie suprême bien ordonnée, l’amour juste, pleinement humain de notre corps qui transcende tout prix et toute perception utilitaire, toute forme de dolorisme et de masochisme!


CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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