Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Par Camille Loty Malebranche

 

L’illusion est, au niveau de la conscience humaine en train de percevoir, une forme de dissociation de la perception d’avec la vérité du perçu. Il s’ensuit une inversion partielle ou totale de la conception appliquée à ce qui est. L’illusion est un fourvoiement du sens dans la saisie des êtres et des choses, étant focalisation sur les apparences par inaptitude à appréhender les essences. C’est toujours le voile épais du paraître ou de l’immédiat qui fait dévier l’attention loin de la vérité de ce qui fait figure d’objet ciblé par l’intelligence.

L’illusionné vit activement un non être que sa représentation prend pour monde.

Il faut ici comprendre que l’illusion est l’un des deux grands contraires de la vérité, l’autre étant le mensonge. l’illusion est du champ de l’observateur qui perçoit faux, comprend faux tel être, telle chose, telle situation. Le mensonge, lui, est du ressort du locuteur qui relate faussement ce qui est pour tromper en déviant la perception de l’autrui, sa victime ciblée. Ainsi, illusion et mensonge aboutissent à l’abîme de la fausseté dans la conscience réceptive que l’un et l’autre privent du véritable. 


L’illusion est une posture de non sens par déroute de la logique dans la conscience humaine.  Elle est dès lors un couple d’erreur de perception et d’aberration de conception qui se produit dans le rapport de l’homme à soi, à un objet, à une situation ou à une autre conscience. 

Les deux acceptions de l’illusion... 


L’illusion comporte deux acceptions, celle métaphysique de l’attachement à l’éphémère et celle profane de se tromper sur la nature d’un être, d’une situation, d’un fait par représentation erronée. La différence entre l’illusionné et le confus, tient en ce que le confus juge, rationalise en théorisant sur une nature qu’il mésinterprète en la prenant pour une autre, alors que l’illusionné croit tout simplement en se représentant l’objet de sa croyance sans rien rationaliser. Le confus est dans l’herméneutique alors que l’illusionné n’interprète pas, mais simplement éprouve et croit vivre une situation, un fait, un état qui est pur néant  mais qu’il prend pour effectif, ignorant son inexistence. Car l’illusion est une représentation de l’inexistant, prêtant présence artificielle au néant quest son objet.

L’une des plus courantes illusions du monde, nourries par le social, est celle d’une grandeur fondée et uniquement focalisée sur les apparats au point d’oublier les appels proprement humains, la dimension intrinsèque propre à l’humain car émanant de l’esprit.
L’illusion est une forme de mort à ses possibles de la part d’un esprit tellement rivé sur la matière et l’éphémère qu’il en ignore qu’il existe, lui, bien au-dessus de ces finitudes qui noient sa conscience, la hante en l’illusionnant... 

En spiritualité, l’illusion tient de l’inexistence du sens perçu au monde fini, à cette vie qui passe. Une illusion qui se réfère à l’éphémère ou à tout le moins, au fini subjuguant la conscience illusionnée à qui échappe l’infinitude divine et la vocation spirituelle de l’homme à y prendre part. À la différence de l’absence, du néant, l’inexistence est la fausseté entretenue par la représentation ontologique. L’illusion est précisément cette attitude dattachement à une  présence temporelle voire temporaire prise pour sens de la vie. L’illusion, concept métaphysique par excellence, est l’expression de notre comportement dattaché comme si nous oubliions que la face du monde tangible et tout ce qui s’y rapporte, sefface avec le temps, que notre présence en ce monde est fortement impermanente, et que de toute façon, rien n’y est possédé par l’homme dont le temps terrestre, somatique est fini. Saccrocher au fini et à l’impermanent, voilà la caractéristique fondamentale de l’illusion! Celui qui croit avoir le monde ou en posséder quoi que ce soit, court à des désillusions cruelles, de douloureuses vicissitudes de dépossession. 

Dans le champ profane, ordinaire loin du spirituel, l’illusion renvoie à l’erreur d’identification d’une présence. Par exemple, en politique contemporaine, l’une des grandes illusions savamment orchestrées par la propagande, est la démocratie. Littéralement pouvoir du peuple, si la démocratie n’était pas illusoire, il n’y aurait pas partout une richissime poignée oligarchique à qui tout appartient alors que le peuple travaille et reste précaire sinon carrément pauvre. Si la démocratie n’était pas illusion, il n’existerait pas tous ces heurts, ces manifestations de rue venant des catégories du peuple pour réclamer leur droits bafoués et qui souvent le restent malgré les cris et les révoltes populaires.

Le monde est à bien des égards un champ d’illusions par nos inaptitudes temporelles à en saisir les dimensions. Déjà la matière au stade quantique, nous déroute par le comportement des quanta constituant l’infiniment petit; et donc si la matière tangible, observable, spatio-temporelle, est si étrange, que dire de l’esprit, de l’incommencé, de l’éternel!? 

La victoire sur l’illusion est dans la transcendance de ce qui apparaît et le recul lucide pour débusquer autant les masques et facticités eschatologiques sur la nature humaine, que les manipulations culturelles, idéologiques du social par lacquisition dune conscience sereine et profonde refusant d’être la proie des apparences fussent-elles partagées par les multitudes, plébiscitées par le grand nombre écrasant et bruyant des foules, et malgré la pression des cohues populacières ou savantes. Toutefois, il faut savoir minimiser les risques de nous illusionner en relations humaines, car en dépit de toute notre vigilance, nous devons admettre que tout humain est passible d'illusion en se trompant de bonne foi sur les choses humaines, telles l'amour réciproque de l'autre, la fidélité de l'autre que nous aimons; Dieu seul étant par essence, au départ, totalement fiable ne trompant jamais les siens! Mettre finement à l'épreuve les sentiments de l'autre, est, en relations humaines, une voie de protection contre des illusions sentimentales qui couvent leur cortège de balafres et de désillusions ultérieures.  

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Copyright © CAMILLE LOTY MALEBRANCHE - Blog INTELLECTION -  2016

Politique de Reproduction

Les textes du Blog INTELLECTION peuvent être reproduits, en tout ou en partie, gratuitement, à condition d'indiquer clairement la source http://intellection.over-blog.com/, avec lien actif vers notre site. Dans le cas de la reproduction sur un support autre qu'Internet, la mention de l'adresse du Blog INTELLECTION (http://intellection.over-blog.com/)  est exigée

Tag(s) : #Monde du Concept

Partager cet article

Repost 0