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Par Camille Loty Malebranche

 

La portée métaphysique du corps tient de sa vocation de devenir temple de Dieu et demeure sacrée de l’homme prenant conscience qu'il est esprit et fils de Dieu. L’unique signification supérieure du corps est de s’élever par la consécration spirituelle de la foi, à la stature d’habitat divin, seul lieu possible où Dieu habite avec l’esprit incarné qu’est l’homme.

« Le Père et Moi, nous viendrons à celui qui croit, demeurerons avec lui et prendrons avec lui, le repas du soir ». Jésus annonce par cette dernière assertion comme en d’autres où il présente le corps comme temple et habitat, que Dieu demeure dans le corps sanctifié de l’homme spirituel qui sait s’élever par la grâce divine à la dignité de sa nature d’esprit. Le repas du soir renvoie aux derniers moments terrestres du chrétien, ce que le langage organique et confus de la langue appelle maladroitement et abusivement la mort. Car il n’y a pas de mort de l’esprit au moment de quitter un corps dévitalisé par l’abandon de l’âme. L'âme qui, faut-il le rappeler - sans être en soi une conscience, et loin d'être l'esprit auquel des théologiens et religions l'assimilent si souvent - constitue cette forme de présence énergisante qui anime le corps par les fonctions vitales déterminant la vie et la conscience somatiques lesquelles une fois en allées ne laissent le corps que comme dépouille mortelle.  

Le corps, cette instance de matérialité, ce copule de notre être entre l'esprit et l'univers tangible, qui nous fait présence physique dans le monde, cette littérale dimension par laquelle nous sommes des êtres au monde, ne saurait être réduit à une représentation d’organisme cheminant dans la temporalité mortelle qui semble l’imprégner, le corseter. Le corps n’est que l’assesseur de l’esprit, la maison consciente de l’hyperconscience qu’est l’esprit en mission ici-bas.

L’homme est le seul être à dimension somatique finalitaire par le caractère supracharnel de sa fin dernière relevant d’une destinée métaphysique qui se dissocie du corps. Il n’y a pas de destinée historique même si une des formes du destin de l’espèce est belle et bien l’Histoire c'est-à-dire son parcours spatio-temporel sur la terre telle que connue.   

Le corps est la tribune vivante de l’esprit qu’est l’homme, à chacun de le soumettre le plus possible par les grâces salvifiques libératrices de Dieu, tout en se travaillant à travers l’exercice conscient de l’esprit apprenant et acquérant la maîtrise de soi face aux instincts et pulsions.  L’homme est souvent pécheur par sa faiblesse devant l’énergie du charnel, et nous péchons chaque fois que par faiblesse de peccabilité, notre être somatique, cette matérialité de notre être au monde, nous échappe et prédomine l’esprit en cessant d’être la tribune où l’esprit tribun souverain s'exprime et se manifeste. 

Pour les morts ambulants, les déspiritualisés, débris de la déréliction spirituelle qui errent sur la face de la terre, le corps n’est qu’un organisme performant, un lieu de vil hédonisme, alors que les enfants de lumière y voient le complice de l’esprit pour la conquête de leur ascension supraterrestre. Au-delà de la triste posture de la chair qui passe, le corps utilisé par l’esprit est la base de l’envol supérieur, rampe de lancement de la vie métaphysique, de l’extase existentielle et christique, extase espécielle piétinée par la plupart des membres de l’espèce, extase de tout vrai croyant vivant, par delà la chair et le sang, les prémisses de la promesse divine de vie éternelle de l'esprit. 

Du point de vue métaphysique, le corps est soit le complice de l'ascension soit le meurtrier infâme de l'esprit, c'est à l'esprit de se manifester en dompteur victorieux, titan de la gloire existentielle du conquérant de soi ou en veule démis et défait, esclave de la veulerie et de sa damnation.

Le corps, en plus de son statut matériel, de sa valeur de dimension englobante hébergeant toutes les hypostases humaines, sa constitution en temple de Dieu où Celui-ci vit avec le croyant dans l'intimité de sa vie, est la face duelle de la théophanie et de l'anthropophanie, étant respectivement manifestation divine en tant que créature et manifestation humaine puisque face globale de l'humain, forme sensible et présence sur terre en qui s'incarne l'esprit de l'homme.

Alors que le Christ nous désigne la terre comme « marchepied de Dieu », il est essentiel de se rappeler que pour l'homme, part organique de la terre dont son corps est fait, ce corps qui est donc la terre en l'être humain, est ce qui sert, au delà du limon et de la poussière, le céleste qu'est l'esprit notre substance humaine à destinée transcendante. 

Tout physique et périssable qu'il est, le corps maîtrisé par l'esprit et bien orienté au service de la vocation humaine, est le complice de la rédemption et le socle terrestre du céleste et de l'éternel, et il n'y a pas d'en dehors de cette vocation! Car si jamais l'esprit, empêtré dans le charnel psychologique, se laisse aller aux pulsions charnelles au point d'être subjugué des forces mécaniques de l'organique en abdiquant sa propre vérité, sa véritable nature, le corps, lui aussi trahi car mésusé, ne sera sur terre qu'une instance organique, temporelle, réduite à sa seule désintégration mortelle, la triste vanité de son mésusage emportée dans la poussière.  

« C'est l'esprit qui vivifie; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie » dit Jésus. Ainsi donc, ne pouvant connaître l'éternité, le corps a la noble mission de propulseur de l'infini. Pour l'homo viator conscient se sachant pèlerin en voyage sacré, le corps est le coursier de l'esprit que celui-ci gouverne selon sa propre route vers l'éternel. Cest là, sa valeur noble et éminemment métaphysique par delà la terrestre avanie de son fatal horizon d'impermanence et de finitude. C'est pourquoi, lorsque l'esprit se nie lui-même et se fond en la chair et le sang pour la servilité du fini, le douteux et prétendu humain qui en sourd, est la caricature d'humanité que composent les multitudes qui arpentent l'écoumène et peuplent la civilisation en embrassant voire idolâtrant toutes sortes d'aberrations et d'absurdités immondes. 

Des multitudes d'hommes, hélas, déspiritualisés, ne sont plus que des sortes de baudruches gonflées de vide, des vacuités errantes, des néants drapés de linges, de miséreux reflets organiques, des ombres somatiques ambulantes qu'anime macabrement le monde et son abîme des pires inepties, sa montagne des plus abjectes platitudes.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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