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Par Camille Loty Malebranche


Il est curieux que malgré toutes les connaissances thésaurisées par la critique révolutionnaire de la société capitaliste et de consommation, malgré toute l’élaboration discursive des philosophes, des intellectuels socialement engagés, depuis Rousseau jusqu’à I. Illich en passant par Marx, malgré tant de dévoués chercheurs théoriciens en sciences humaines et sociales démasquant les mécanismes de l’asservissement politique et économique des peuples, la plupart des individus soient encore dans les chaînes d’une mentalité féodale où la masse se constitue serfs passifs des seigneurs de l’économie et de la politique! Il en est de l’ordre idéologique comme de la caverne de Platon, la pénombre des parois du social et de l’économique, l’urgence de la production, l’injonction de la consommation, la drogue des loisirs sots engoncent l’individu dans un univers d’ombres projetées où il croit vivre la vérité et s’efforce de ressembler aux reflets venus du dehors. Car l’ordre social en est un de prestidigitation idéologique et de rêves vendus à bon marché pour éberluer le populo, prônant un individualisme du succès social de l’homme et une fausse mobilité du destin majoritaire dans une société dynamique dans les formes mais sauvagement statique voire stagnant dans son fond et ses buts finaux de manipulation-réification des masses pour le règne ploutocratique des oligarchies.


L’exil de tout logos éclairant par le vacarme des niaiseries populacières et la doxa fonctionnelle de l’idéologie dominante, la proscription ou la banalisation du discours problématisant les causalités des situations désastreuses des majorités, soit plus des deux tiers de l’humanité, la voix abrutissante de la presse mainstream avec les dénis d’information et du droit de savoir en pleine démocratie, la mainmise mondialisée du banal vulgaire et des mufleries populistes par les puissants médias de toutes sortes des pays riches, n’en finissent pas de fabriquer les comportements aux moules des cuistres enrichis du star système et de la presse à sensation. Face à cet autre désastre humanitaire qu’est la misologie tyrannique d’un certain nord dont nul ne fait allusion nulle part, il est indispensable qu’un nouvel humanisme, un néohumanisme, soit fondé contre le structuralisme factuel responsable de toutes les aliénations. Néohumanisme qui ne viendra point d’une métaphysique affairiste et opportuniste préconisant la pensée soi disant positive comme panacée à toutes les misères humaines, tout en demandant d’accepter le monde tel qu’il est. Néohumanisme à la fois personnaliste et collectif, qui doit pourvoir les masses des outils de mise en commun de leur sort et destin afin de permettre le mouvement de la libération contre les structures de l’effacement proclamées inattaquables par leurs cossus profiteurs mais ne vivant en fait que par la complaisance et la passivité des majorités victimes de leurs politiques.

 
Réapprendre à l’individu déshumanisé replié sur lui-même, cloîtré dans les murs invisibles de l’incommunication idéologiquement programmée, à ces tristes introvertis des mégapoles, le pouvoir de la mise en commun de leur sort et des stratégies de lutte pour en sortir. Apprendre aux individus à rejeter les appels à un zèle et une performance dont ils ne profitent guère des usufruits mirobolants et, où même quand ils en profitent matériellement, c’est contre leur dignité et contre leurs semblables pour l’enrichissement des seigneurs de l’ordre économique. Alors et alors seulement après que les masses eussent désapprendre pour apprendre, le plus grand miracle social sera possible : celui de la conscience souveraine se substituant peu à peu à la conscience serve ! Miracle de la masse servile jusque là réifiée, réhabilitée en s’appropriant l’humanité par la conscience nouvelle. Mais cette liberté sociale n’est en fait qu’une parcelle de la dignité ontologique de l’homme. Puisque fort heureusement, jamais nul n’est totalement bête ou chose quelque forts que soient les moules abêtissants et réifiants des systèmes de domination de l’homme par l’homme !

 
Si l’entéléchie supérieure de l’humain est strictement métaphysique car spirituelle et donc, ne saurait se pâmer dans les constructions systémiques de l’économie et de la politique, il est néanmoins nécessaire que tous les hommes aient accès à tout le seuil de jouissance possible des biens et ressources temporelles : matérielles, intellectuelles et morales pour une vie sans privation gênante et souffrante, sans blocage matériel et pleinement vécue dans la dignité temporelle. Le rôle de tout homme conscient de la nature spirituelle qu’il porte, est de combattre pour la justice tant supérieure de la sphère métaphysique que celle de la vie ici-bas dans le social. Car les injustices selon leur intensité, leur gravité finissent peu ou prou, par leur terrible impact sur les caractères, par dévier l’homme de sa propre essence, le faisant perdre jusqu’au sens de son être.

 
« La dialectique du maître et de l’esclave » prend l’allure d’une fiction sans référent possible où Hegel fabule, se fourvoie à vouloir démontrer que la proximité du monde réel à travailler, rendrait libre l’esclave et le ferait même dominer le maître trop éloigné de la réalité et donc perdant le contrôle de celle-ci… Nous disons, quant à nous, que le maître, libre de son temps - cet espace de vie et de tous les possibles de l’homme - se permet de prendre du recul, se distancie du monde, transcende et rationalise la contingence de condition qui submerge l’esclave, et ainsi arrive à comprendre les mécanismes de la psychologie et de la conscience serve de l’esclave pour planifier la pérennité de sa domination. C’est ce que nous voyons au niveau de la prégnance des classes opulentes qui peuvent aiguiser l’efficacité institutionnelle grâce à leur position haute, grâce à toutes les ressources matérielles, cognitives et humaines à leur portée, les modalités de fonctionnement de la domination subtile en idéologisant. Le maître, sans besoin d’appréhender la chose de la nature devenue monde par la perception et la conception qu’y imprime l’homme pensant et agissant, saisit l’agissant - c’est-à-dire l’esclave, l’ouvrier, les classes dominées - qui transforme la nature, et le réifie pour son propre règne de maître, sa propre suprématie de profiteur disposant des structures et leur fonctionnement systémique! Cela, depuis le commencement de la société de classes et de l’État qui la sous-tend, l’histoire le prouve; et comme une fatalité, les structures conçues comme une kunée les rendant invisibles au moment où ils manœuvrent et manipulent, les maîtres gardent à peu près les mêmes catégories de miséreux travailleurs et ouvriers, esclaves des possédants auxquels appartiennent leur temps, leur corps, leur esprit et leur vie… D’où la grande erreur des populaces qui appuient leurs élites dans un pragmatisme implacable contre le discours rationnel et interrogeant le faire social.


Pour revenir à « la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave », disons que l’esclavage ou toute autre forme de servitude finit donc toujours par réifier l’individu, et en aucun cas, n’apporte la dignité qui peut le rendre pleinement Personne humaine. Sauf en cas de révolte aboutissant à la révolution où l’esclave se réapproprie peu à peu son être global s’il continue par la conquête des connaissances et le démasquage des formes subtiles de nouveaux asservissements… Si nous avons fait ce détour vers la question de la liberté, c’est parce qu’un être privé de sa propre volition quant à la menée et l’orientation de sa vie, est très rarissimement digne de ses vocations humaines. La liberté étant la condition indispensable pour qu’un homme puisse être jugé et évalué à travers l’action.


Il s’agit pour l’instant de combattre les fractures sociales en réduisant les écarts entre les classes par une économie dirigée sans pourtant faillir à un libéralisme politique respectueux des libertés civiles individuelles. Car le véritable libéralisme politique est nécessairement contre le libéralisme économique! Le peuple doit y arriver pour être plus libre dans une société plus équitable demain qu’aujourd’hui.


Cela ne sera que les vagissements de l’enfance de la libération populaire. Le peuple doit s’efforcer quant à lui, de grandir pour atteindre l’âge de la Nation anétatique seule modalité pour une société inclusive démocratique qui ne connaît guère de clivages dus à une quelconque classe de pouvoir et effaçant l’État formel et ses bévues oligarchiques et de classe. Là, il faut être lucide, (mot que je préfère à réaliste trop ambigu) car avec les forces d’aliénation du bourgeoisisme sur le peuple, seule une révolution usant de l’État et l’annihilant progressivement au rythme du développement mental du peuple, pourrait apporter cette ère de la Nation souveraine sans État.

 
Une telle révolution sous-tendrait naturellement la redéfinition de la politique par l’avènement du nouvel homme politique au sein de la nation politisée et s’autodéterminant. Comme je le dis toujours, tout homme politique assumant dignement son statut, est un agent social du relèvement, un citoyen visionnaire qui met l’utopie en route dans le réel public.


CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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