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Par Camille Loty Malebranche

 

Interpellé par le débat sur la légalisation de la marijuana qui, aujourd’hui, fait des vagues dans les médias, sans prendre position sur ladite légalisation, sachant que dans notre belle société, une multitude d’individus de toutes les classes et sphères sociales usent de stupéfiants à degrés divers, je ne peux m’empêcher d’observer que l’usage de la drogue est en soi, la quête artificielle d’une transcendance dont plusieurs ont perdu l’aptitude naturelle. 

À moins d’être thérapeutique, le besoin d’être toujours dans une sorte d’extase artificielle narcotique, est en fait signe d’un grave mal-être que l’individu veut fuir. L’absorption régulière de drogue par un si grand nombre (pratique à laquelle on peut aussi rattacher l’alccolisme et le tabagisme), dit combien la réalité sociale des hommes est intenable en toute sobriété, vu soit la rudesse soit la facticité hypocrite et mignarde des rapports humains et la conditionnalité matérialiste, étant donné le statut presque toujours intéressé des relations inter-individuelles, dans une société méprisablement mesquine, infrahumaine, comparée à certaines belles sociétés animales. 

Après avoir façonné la sécularisation  politique du monde, la laïcité du pouvoir et le rejet de la religion dont les institutions ont été tellement décevantes, tellement pharisaïques dans les faits, l’homme moderne vit une double déréliction tenant d’une part, de la métaphysique par la mise à quia sans nuance du divin et d’autre part, du sevrage social par le galvaudage des valeurs qui sévit en véritable crise d’humanité au cœur de la société hypermatérialiste qui fait de l’argent et de la consommation qu’il permet une axiologie du vide. La déréliction de l’homme contemporain, est une déréliction socio-matérialiste de consommation, la triste et pitoyable misère de l’insignifiance de la vie dans un environnement déshumanisé où tout est affaire d’argent et de consommation, où règne le carcan broyeur de l’individualisme le plus froid, le plus mesquin et le plus pressé dans sa hantise par la course à l’argent et aux objets et services à consommer. Quand tout est ravalé au simple fonctionnement économique, quand l’homme n’est plus qu’une fonction de production-consommation dans la société désignifiante et génératrice de toutes sortes de complexes vils aux individus, l’être désignifié des hommes métamorphosés en ombres, s’accroche à des ersatz de transcendance. Car la transcendance ne tait pas ses appels intuitionnels ni ne ménage ses sensations étranges de blessure et d’abandon.

On ne vit pas sans éprouver la sensibilité d’une nécessité d’ancrage dans le sens. Sens immanent d’un espace supérieur que ne peut combler l’économie malgré tous les colifichets exaltants dont elle comble ceux qui ont le pouvoir d’achat. Le vide et sa fuite par une transcendance de pacotille amènera toujours les drogués addictifs, (les narcomanes), ces naufragés noyés de leur propre eros, lequel prend parfois des allures autodestructrices du thanatos comme les simples usagers réguliers considérés non dépendants, ceux que j’appelle (les narcophiles), à s’accrocher à cette forme de monde ailleurs qui les soulage du monde social, monde réel répugnamment frustrant, marmoréen, macabrement rupestre à travers le tempérament pétrifié mais aussi putréfié des rapports humains dénaturés. Un vide de communication vraiment humaine, vide donc intenable à la sensibilité humaine qui, par essence, trempe dans la transcendance, une transcendance autant métaphysique que de partage, je contourne ici l’adjectif érotique trop galvaudé même si par partage, je parle spécifiquement de l’eros comme univers amoureux de plénitude affective.

Quand la sexualité est ruine de tout amour pour l’assouvissement des instincts les plus sales et les plus bas, quand l’amitié est tributaire du classement des possibilités matérielles de consommation et de l’espoir du donnant-donnant socio-matériel, quand le corps est objet jetable s’il ne correspond au standard esthétique, quand l’humain n’est lui-même rien qu’un rouage de fonctionnalité sociale, toujours blâmé si sa performance déçoit les nouveaux maîtres de la servitude actuelle, les hommes se cherchent l’exutoire de la fausse extase, ersatz de "transcendance" narcotique comme une sorte de paradis postiche en guise de contournement du réel infernal.

Avec le règne de l’idéolecte capitaliste, concept néologique à ne pas confondre avec (idiolecte), ici, j’appelle idéolecte tout le langage de l’idéologie mise en œuvre par les élites, un idéolecte qui est aussi un médiolecte car s’appuyant fortement sur les modes de communication manipulatoire des médias de toutes sortes, nous sommes rendus à un point où l’humanité, la nature humaine est comme « réinventée », cest-à-dire avachie, dénaturée car nul ne saurait proprement réinventer l’humain… Et, dans cet avachissement, cette agression permanente de la personne humaine malgré les sourires des monstres, malgré le retour cyclique des élections comme choix politique soi disant démocratique, tout ce qui relève de l’humanité est devenu vulgairement instrument de la société pour l’utilitaire et l’urgence productive socioéconomique du profit. 

L’individualisme naguère chanté, proclamé en occident comme naissance de l’autonomie différenciante de l’homme dans le grand nombre standardisé qu’est la société, n’est aujourd’hui qu’une hétéronomie inavouée, sciemment nourrie et asservie par l’idéologie socioéconomique qui standardise tous, rejetant impitoyablement tout droit à la différence et à la personnalisation. Fuyant cette prison aux murs idéologiques dont les briques et les herses sont les mensonges manipulateurs qui orchestrent un imaginaire déshumanisé pour une réalité d’infrahumains, la drogue reste le seul recours de quiconque n’a pas su trouver les racines spirituelles fortes qui résistent et surclassent l’infect merdier des misères de la richesse factice parce que sans humanité - richesse dévorante, construite sur la ruine et aux dépens de l’homme - propre au capitalisme.

  
CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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