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Par Camille Loty Malebranche

 

Pour autant que l’individu est façonné par son immersion sociale avec la spécificité de son temps, Trump est un produit typique de la conjoncture actuelle; un politicien généré du système sociopolitique étasunien, un système spectral quand il ose se prononcer sur ses crises, et qui, naturellement fait peur par sa face brutale à des foules scandalisées de certains secteurs sociaux. Trump est le digne représentant d’un système socio-idéologique qui effraie certains secteurs défavorisés des masses, lesquelles masses, désemparées, voteront pourtant pour le renouvellement et le maintien du statu quo sans se rendre compte que le problème est systémique et non réductible à un individu fût-il le très opulent candidat à l’investiture du parti républicain… De fait, c’est un pays de multiples barbaries qui n’ose pas regarder ses tares, ses déficits de civilisation par peur de se voir en face et de devoir se laver de ses sauvageries. Et, les foules, de leur vulgarité réflexe, comme il convient toujours aux foules votantes de ce pays, dites faussement peuple, se rueront au bureau de vote pour élire leur préféré, le jour venu, sans se soucier d’exiger à démanteler l’institution monstrueuse et tératogène, parturiente de l’institutionnalisation des horreurs qu’elles s’apprêtent aveuglément à reproduire par leur vote. Trump, quant à lui - authentique produit de l’institution sociale étasunienne - sait que si des groupes conspuent ses dires tempétueux et ses méthodes électorales, une puissante part démographique du pays le soutient.

 

Le tintamarre des fausses différences qui envahit cycliquement nos journaux et écrans de la presse mainstream à chaque élection, est le plus probant spectacle de l’arriération mentale du vulgum pecus si obsédé d’un pouvoir inexistant d’électeur, qu’il s’abîme comme un spectateur de cinoche s’identifiant aux acteurs et se laissant croire un instant à la mimesis scénique. En fait, il faut dire que lorsque la mimesis se fait grandeur nature et que sa scène est la réalité du monde séquestré par des acteurs et histrions politiques avec l’appui insidieux de la diégèse idéologique contée par les médias, la manipulation qu’exercent les vrais maîtres du système aux dépens des multitudes, est, sauf rare sursaut de lucidité de celles-ci, quasi assurée de réussir. Toujours est-il que gesticulations électoralistes et singeries de candidats ponctuent les rassemblements loufoques et populaciers des primaires étasuniennes. Les électeurs auront le choix de l’absurde dans la redondance de l’insipide pimenté par des personnages qui jouent les extrémistes et modérés. Celui-ci un peu bien comme il faut, celui-là par trop osé, scandalise les faux pudibonds politiques vu la langue de bois convenue, propre à l’ordre de la « démocratie » coutumière telle que l’entend traditionnellement le bipartisme. Trump, lui, met à nu la crise d’essence existentielle de la nation étasunienne pour qui l’immigrant accueilli doit être d’une citoyenneté secondaire que lui octroie le noyau dur de l’ethnicité anglo-saxonne originaire et dominante. Hors de cette borne de fausse citoyenneté qui le circonscrit, l’immigrant voire le non blanc, fût-il amérindien premier habitant du pays, aux Usa, est un stigmatisé. 

 

Les élections sont de sûres indicatrices conjoncturelles, des sortes de thermomètres politiques des crises sociales et des turpitudes étatiques. En contexte occidental contemporain de crise identitaire des grands pays d’immigration à démographie multiethnique, une sorte d’extrémiste bon enfant tel Trump y est pour montrer les sensibilités nationalistes des ethnies se considérant dominantes et donc, très attachées aux mythes de l’identité et de la nationalité. Malgré le silence des uns et l’hypocrisie des autres, les puissances mondiales à identité forte, tellement forte qu’elle en fut et est encore coloniale et impériale, donc dominatrice dans l’histoire, n’accepteront jamais une standardisation ethnique de la société au nom de la démocratie formelle que des oligarchies brandissent en alibi de leur tolérance postiche de pur apparat, leur humanisme factice. En temps de prospérité, de grandeur hégémonique sans peine, oui, l’immigrant peut être bienvenu comme main d’œuvre comme figure idéologisée pour montrer l’ouverture. En temps de crise où les conditions socioéconomiques et politiques sont critiques, où la géopolitique est trouble, où la multipolarité mondiale limite l’emprise occidentaliste sur le monde, l’immigrant, le paupérisé, tout marginalisé, même citoyen, court le risque de devenir bouc émissaire des pays en crise ou à tout le moins en grave conjoncture d’incertitude.

 

Entre les vétilles des déclarations choc d’un Trump auxquelles font mine de s’opposer électoralistement, les manières de ses concurrents de parti ou les mièvreries hypocrites d’une Hillary, et l’ersatz du vote dans le même ordre sociopolitique et économique rendu sempiternel, les élections étasuniennes ont un air de farce de demeurés où des électeurs jouent une autodérision inconsciente à leur propre détriment, au profit d’un pouvoir ironique qui se moque impassiblement d’eux dans cette grimaçante démocratie sans peuple que se paient les richissimes oligarques.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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