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Par Camille Loty Malebranche

 

Loin d’être l’apanage exclusif d’un parti ou d’un gouvernement, le conservatisme est une sinistre posture d’essentialisation du faire économique et politique propre aux privilégiés de l’ordre social en vogue. Comme le mot l’indique, le conservatiste, nonobstant le parti auquel il appartient dans le jeu du pluralisme politique et électoraliste, est un individu fortement attaché à l’ordre qui définit la vie économique et sociale telle qu’établie par la classe dominante, ordre au nom de quoi, l’État doit gouverner et exercer le pouvoir. Pour le conservatiste, l’ordre économique, le statut de classe voire de caste est sacré et ancré dans la nature des choses. Le conservatiste est fondamentalement contre tout changement de l’ordre établi, son seul projet est de renforcer toujours encore plus les puissants tout en creusant les clivages, fonçant politiquement toujours plus les injustices sociale par son soutien infect des privilèges. Rendre plus abyssales les failles entre classes comme pour éviter que les non oints de l’ordre social, car le conservatiste se considère un oint par la classe ou la caste, viennent se mêler aux dominants. Réactionnaire jusqu’à la méchanceté, jusqu’à la vilenie, le conservatiste est le moraliste justificateur de toutes les injustices, de tous les maux de la société aux inégalités extrêmes du capitalisme. Et pour le conservatiste, le statut social confine en aristocratie débile d’autoprotection individuelle et de classe.

 

Le conservatisme sociopolitique est le fait de l’institution sociale qui, sans rien changer aux tares de l’ordre socioéconomique, capitalise sur une moralité de pacotille, moralité factice de respect strict et mesquin de l’ordre social vu par la lorgnette de l’étroitesse pour contrôler les individus et les groupes. Nous comprenons que dans les temps nouvellement féodaux d’aujourd’hui, les dirigeants, indépendamment de leurs discours qui peuvent arguer du contraire, sont à peu près tous ouvertement ou subrepticement conservatistes dans leurs actes de gouvernance.

 

Nous devons ici, dans l’abord du vocable de conservatisme, préciser que défendre des valeurs transcendantes fortes, spirituelles et morales strictement perçues comme inhérentes à ce qu’est l’humain, et donc orientées selon une saisie métaphysique de l’élévation de l’Homme, n’est pas du conservatisme mais de l’ontologie humaine en acte. Le conservatisme sociopolitique et économique, le seul conservatisme qui soit, se manifeste par un moralisme socialement opportuniste réactionnaire au service des oligarchies, moralisme factice aux standards douteux qui varient selon les besoins mesquins de stigmatiser politiquement les socialement plus faibles pris pour cibles voire boucs émissaires par des politicards dirigeants.

 

Pour le conservatiste, le répandu idéologique officiel, le convenu qui dure, sont nécessaires car credo des superstitions essentialistes du social. Pour le conservatiste, les minoritaires, les marginalisés sont des coupables qui refusent les évidences collectives qui, pour lui, constituent l’essence universelle. C’est bien pataugeant dans l’imbécile simplisme de ses ressassements du bon déjà inscrit dans l’ordre social que le conservatisme flatte la canaille en lui vomissant l’éventail argutieux propre aux réactionnaires politiques. Le conservatisme se passe de rapport actuel et évolutif au monde, pour lui, le monde est figé dans la lorgnette de ses perceptions arrêtées.

 

Le conservatisme conserve le monde dans les vieilles outres et refuse de regarder le nouveau qu’il y emprisonne. Hélas! Un nouveau cloîtré dans l’ancien finit par s’éteindre dans l’obscurité. Le conservatisme frise, en effet, l’obscurantisme, à vouloir brandir les fausses valeurs surannées des dominateurs indus de la société de caste et de classes, dévorées des clivages rigides du refus de changement. C’est pourquoi le conservatisme croit aux vieilleries idéologiques des temps indécents des prédateurs économiques car pour lui, la prépondérance économique est une instance figée que les bourgeois et aristocrates ont par mérite de leurs ancêtres et qui doit leur être perpétuellement reconnue. Car la tare du conservatiste est précisément d’être collée à la toison des anachronismes qu’il renouvelle par un discours désuet, morbide de conservation sociale et morale.

 

Le conservatisme étant comme nous le disons, économiquement, socialement et politiquement essentialiste, son idéal est donc de renforcer ce qui pour lui « a toujours été » - chose aberrante parce que niant le commencement anétatique des premières sociétés humaines sans classe - et qui se poursuit, devant se poursuivre sans se soucier des indécences de facto charriées par l’ordre ancien se renouvelant avec ses injustices, maintenant le pouvoir aux mêmes vieux secteurs parasitaires de la monarchie ou de la république séquestrée par les mêmes oligarchies. Pour le conservatiste les ostracismes des mêmes catégories par les mêmes prédateurs économiques et systémiques, relèvent du cosmique et du naturel. Ainsi, le conservatiste appuie voire érige en chose d’apothéose, le règne de tous les héritiers des monarchies milliardaires et les prédateurs de l’ordre d’exploitation forcené du monde, de tous les parasites des monarchies et bourgeoisies séculaires qui profitent tyranniquement des forfaits de leurs privilèges nationaux et planétaires à travers le colonialisme, l’impérialisme voire l’esclavagisme. Ces privilégiés qui n’ont jamais pensé payer leurs dus aux innombrables victimes de la prédation politique du monde quils ont orchestrée tout au long de lhistoire, et qui n’ont point à le faire puisque pour eux, le monde leur appartient par nature! Ainsi, ils peuvent continuer à faire travailler les peuples périphériques en forçats, ensuquer leurs propres concitoyens, prélever taxes et impôts excentriques pour les fanfreluches niaises de leurs femmes, leurs ridicules apparats onéreux sur le dos des nations. Et, cela devrait durer tant que la terre existera, aux yeux du conservatiste. Voilà pourquoi le conservatisme comme possibilité de pouvoir et de gouvernance, doit être honni car irrationnel et inhumain, donc inapte à toute politique qui puisse émanciper le moindrement les majorités.

 

Désarticuler les mythes de domination toujours plus ou moins conservatistes et détruire leur portée idéologique, voilà une activité fondamentalement et socialement libératrice. L’anticonservatisme comme refus de l’essentialisme des privilèges de classe et de caste, est une nécessité pour tout ami de la libération des majorités souffrantes et paupérisées du monde.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

 

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Tag(s) : #Monde du Concept

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