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Par Camille Loty Malebranche

 

 

Amitié et fraternité, laquelle a préséance sur l’autre?

 

Mon frère ou ma sœur de sang, par le contexte familial de parenté, est l’interlocuteur courant de mes premiers rapports à autrui, un autrui génétiquement proche, alors que l’ami est le don de la rencontre et de la contingence d’une communauté de vision que cet autre et moi voulons partager par de sains et dignes échanges.

 

Je fais part de ma vision du monde avec l'ami qui la discute et m'enrichit fraternellement; c'est un stade que le frère de sang doit atteindre et qui n'est pas naturel, qui ne saurait aller de soi!

 

La fraternité et l’amitié renvoient sémantiquement à un ludique logique du degré où, selon que le contexte soit génétique ou relationnel, le primat de facto de l’une fait place à la primauté choisie de l’autre. En fait, si les gènes confèrent la fraternité ou la sororité aux individus de même ascendance, la vraie amitié, elle, crée la fraternité d’esprit dans un contexte de famille de pensée et de vision, la seule qui compte vraiment dans les rapports humains.

 

Au premier abord, il apparaît que le frère, par le niveau de communauté des gènes qu’il partage avec moi, me soit tout naturellement plus proche, plus fortement associé qu’un ami, toutefois en approchant la complexité des rapports familiaux, le jeu de pouvoir qui presque toujours s’y mène, où souvent le moins doué, socialement parvenu, tente de dominer par des voies hétérodoxes voire indignes le plus qualitativement valable par ses facultés intellectuelles, spirituelles et morales, et vu les effets désastreux de l’envie, de la mesquinerie voire de la jalousie, il serait un pur préjugé, un regard primaire de privilégier la proximité du frère ou de la sœur de sang sur celle de l’ami ayant démontré sa fraternité d’esprit! L’amitié vraie et éprouvée est la seule véritable fraternité possible existant entre les humains car la fraternité ou la sororité de sang ne saurait être fraternelle par fatalité, et rien n’est automatique en rapports humains! La préséance dans les rapports humains tient, n’en déplaise aux sensibleries familiales et parentales, non des gènes mais toujours de la qualité de connexion mentale et visionnelle (partage amical d’une weltanschauung commune), de volition idéelle, de ressemblance conscientielle… Ce n’est jamais qu’une construction relationnelle selon des valeurs humaines logiques, intellectuelles, morales, sacrées, politiques...

 

La parenté tient de l’hétéronomie naturelle (le pouvoir de la nature que m’impose la génétique, la cellule familiale, la structure sociale de la parenté) alors que l’amitié est un choix, une prérogative, une adoption volontaire. Si mon frère ou ma sœur peuvent être mes amis, alors, le lien naturel devient liberté et communication fortement humaine potentiellement indestructible, sinon ni la fraternité ni la sororité n’auront la valeur noble d’une grande et véritable amitié.

 

L’amitié, même dans les rapports de couple, est le stade suprême qui fait de l’union maritale, un espace de relations supraconjugales, car outrepassant toute servitude et obligation, pour incarner le partage pur de valeurs communes fortes et essentielles. En vérité, je plains quiconque en couple, conjoint ou conjointe, dont l’autre n’est que le partenaire conjugal lié uniquement par le statut marital sans lui être l’ami(e) principal(e) qui brûle des mêmes valeurs fortes et communes.

 

Fraternité ou sororité de sang ne devient vraiment fraternelle que par son évolution en amitié de partage des valeurs; l’amitié est quant à elle, l’expression d’une fraternité d’esprit dans la pureté d’une communauté de valeurs humaines librement exprimées et se retrouvant dans la pure dignité d’une effusion axiologique dans la perception et la représentation du monde.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Tag(s) : #Monde du Concept

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