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Par Michel-Ange Momplaisir

 

« Le temps est la croix de la philosophie. »

(Vladimir Jankélévitch)

 

L’affirmation philosophique de la création du monde est apparue en arabe dans le Kitāb ul-īdāh li-Arisţūţālis fi'l-khayri'l-mahd, « Le livre d'Aristote de l'explication du bien pur. » Peu connu, l’auteur fut appelé le Pseudo-Aristote.

En 1150, l’archevêque de Tolède, Raymond de Sauvetat, invita des savants lettrés, tels, un Gérard de Crémone (1174-1187), un Jean de Séville (1090-1150), à mettre le texte en latin. À partir de la langue arabe, ils l’intitulèrent le Liber Aristotelis de expositione bonitatis purae. « Le livre d'Aristote de l'explication du bien pur. » Dominique Gundissalvi (1105/10 - 1180) en révisa la traduction.

L’original fit penser au Stagirite. Proche de Thomas d’Aquin, grand aristotélicien,  lecteur de Les Éléments de Théologie de Proclus, traduits en latin par son collègue proche, Guillaume de Moerbeke, l’Aquinate ne connaissait pas le grec, le texte de Proclus prit le nom de Livre des causes, en latin Liber de causis.

Les géants de la Grande Scolastique latine du XIIIe siècle ne manquèrent pas de commenter le Livre des Causes, tels, un Albert le Grand (1200-1260), le Maître de saint Thomas d’Aquin, un Roger Bacon (1214-1294), un Siger de Brabant (1240-1280), un Gilles de Rome (1247-1316), un Henri de Gand (1217-1293), un Dante, un Maître Eckhart de Hochheim (1260-1328). Ils ne manquèrent pas de se pencher sur Le Livre des causes.

Cependant, selon maints chercheurs, l’auteur de ce Livre serait Jean Avendauth, identifié au penseur juif Abraham ha-Levi ibn Dawud (1110-1187). Pour d’autres, par un groupe d’éminents penseurs bagdadiens, dont Salomon ibn Gabirol Avicebron (1021-1050) et Al-Kindi [ou Alkindus Proclus en latin] (801-873).

 

Pourquoi ce Liber de causa, bien considéré par les penseurs occidentaux, est-il d’origine arabe ? En voici la raison.

 

En 476 ap. JC, l’Empire romain d’Occident s’effondre. En 529, Justinien, l’empereur de Byzance, ferme l’École néoplatonicienne d’Athènes. Damascius, Simplicius, son adjoint, Priscien et cinq autres philosophes se réfugient dans l’Empire persan des Sassanides, puis à Harrân (sud-est de la Turquie). Un acte aussi grave sonna le thrène de l’extinction du savoir en Europe. Philosophie et science prirent la route de l’Orient. C’est ce que les historiens appellent la translatio studiorum, le transfert des centres d’études.

 

Le Moyen-Âge occidental s’ouvre sur la noirceur.

 

Sous le khalifat d’Al-Ma’mûm (813-833 de l’Égire), le corpus péripatéticien est traduit par les penseurs de Bagdad. L’école péripatétique ou péripatéticienne est l'école philosophique fondée par Aristote en 335 av. J.-C. au Lycée d'Athènes. Elle se réfugia en Asie. L’érudit asiatique du Xe siècle de notre ère, Ibn al-Nadim, rapporte que le khalife Al-Ma’mûm « vit en songe Aristote qui l’incita à la traduction de son œuvre. »[1]

 

Aussi, grande fut la contribution du gratin intellectuel de Bagdad à l’élaboration autant du kalâm, la théologie dialectique de l’islam, que de la falsafa, la philosophie arabo-musulmane.[2] Dès 830 fut érigé un Bayt al-hikmah, une Maison de la Sagesse. Comme l’explique Luc Brisson, c’est une « dissolution de l’Aristotélisme dans le Platonisme »[3], non un Aristote dans sa pureté virginale, qui parvint aux Arabes. Établi à Bagdad et à Bassora, le philosophe Al-Kindî (800-870) reçut les Ennéades d’un « Plotin aristotélisé », explique Valeria Andrea Buffon dans sa thèse de doctorat en philosophie de l’Université Laval. Au IXe siècle existait en Islam oriental (syro-égypto-perso-mésopotamien) une anthologie, l’Uthûlûjiyâ, appelée par Zimmermann Théologie d’Aristote. Elle comprenait un centon de textes constitués par une traduction-adaptation des Ennéades IV-VI de Plotin paraphrasées par Porphyre de Tyr (234-305), son élève, des Éléments de théologie de Proclus, et une collection des écrits du penseur proche-oriental Alexandre d’Aphrodise (150-215 ap. JC). L’Uthûlûjiyâ, se désintégra. La traduction-adaptation des Ennéades IV-VI prit définitivement le nom de Théologie d’Aristote.[4] Ce ne fut qu’au XIIe siècle que la philosophie regagna l’Occident, à l’occasion des invasions arabes.

 

Gérard de Crémone (1114-1187), Jean Avendaud d’Espagne (1123-1160) et Dominicus Gundissalimus (1105-1181) de l’École de Tolède, en assurèrent la traduction latine des textes arabes, mais dans une perspective chrétienne. Gundissalimus « fut l’un des promoteurs de l’acculturation philosophique chrétienne à la Tolède reconquise en 1085. »[5] Tolède, un grand centre culturel de l’Islam occidental hispano-maghrébin.

Dans sa Métaphysique Alpha (1, 981, b 28-29), Aristote (385-322) fait de Dieu UNE CAUSE PREMIÈRE, UN ENS UT CAUSATUM, UN ÊTRE COMME CAUSE.

En effet, nous constatons dans ce monde une série de causes efficientes. Or, toute cause efficiente suppose une cause première. Car, dit Aristote, arenké sténaï, « il faut savoir s’arrêter », pour ne pas se perdre dans des régressions infinies. » Donc, posons une première cause. Il en résulte que Dieu est un ARCHÉ NÉCESSAIRE, un Être sans aucun antécédent, une Cause de toutes les causes.

 

 

Or, déclare, le prestigieux penseur  Jules Lachelier (1832-1918), « tout effet suppose une cause, mais de même ordre que lui, d’après les lois de notre entendement. »[6] Ce à quoi  Antonin-Gilbert Sertillanges (1863-1948) n’hésite pas à répondre : « Supposons que nous soyons devant un pont enjambant un large fleuve. Le pont n’a qu’une arche et la culée terminale échappe dans le brouillard. Ne puis-je pas postuler ce support en m’appuyant sur l’impossibilité d’un tel porte-à-faux ? Devrais-je attendre pour l’affirmer au nom du principe de causalité qu’il me soit préalablement certifié ? Ou direz-vous que j’affirme un objet imaginaire ? »[7]

D’ailleurs, il n’est pas moins vrai que les problèmes métaphysiques se posent infailliblement au savant. Louis de Broglie répond : « Il n’est pas de grande offensive de la science qui, après avoir annexé de vastes territoires, ne vienne se heurter aux positions de repli de l’inconnu. Aucune théorie, si fructueuse soit-elle, ne peut tout expliquer : il reste toujours un certain nombre de faits incompréhensibles ou troublants pour nous avertir qu’au-delà des conquêtes nouvelles il y a encore bien d’autres à explorer… Quand la Physique de la fin du XIXe siècle a découvert l’électron, bien des phénomènes ont pu être expliqués grâce à l’existence et aux propriétés de ce corpuscule élémentaire… Mais si l’électron nous a servi à comprendre beaucoup de choses, nous n’avons jamais bien compris l’électron lui-même. »[8]

Dieu est non seulement une PREMIÈRE CAUSE, mais encore SA PROPRE CAUSE, CAUSA SUI. EN CONSÉQUENCE, toutes les autres causes viennent de la PREMIÈRE CAUSE.

 

Autant dans sa  Somme de théologie (Question 2, Article 3) que dans son De ente et essentia (De l’être et de l’essence), saint Thomas d’Aquin, très aristotélicien, écrit : « Il y a donc ultimement une cause d’exister des choses qui soit elle-même un Acte Pur, d’Amour subsistant, Dieu (Actus Purus amandi Caritas Ipsum subsistans, Deus). 

 

Élève immémorial de Platon (429-347 av. JC), surnommé « le Moïse Attique », Plotin (205-270 ap. JC) de la ville égyptienne de Lycopolis, fonda l’École néoplatonicienne de philosophie. Il se donna pour tache le renouvellement de la pensée de son Maître lointain. Un tel courant de réflexion, le néoplatonisme, s’étala du IIIe au VIe siècle de notre ère.

 

Disciple de Plotin, Proclus, en grec Proclos (412-485), le diadoque (du grec diadokos, successeur), fit paraître, selon maints chercheurs, Les Éléments de Théologie, encore appelé Le livre des causes. L’auteur, Proclus, supra cité, mit en relief la Cause première, un legs d’Aristote, l’Un, typique de Plotin, son ancêtre.

 

 

 

 

Plotin, avait élaboré une métaphysique, traduite par le lexème hénologie, du grec hén (έν), un, et de logos (λογος), discours. L’hénologie plotinienne est un discours sur l’Un, un retour permanent à l’Un, l’epistrophê (έπιστροφή. L’extase s’avère le fruit du retournement sans réserve de l’âme. Appelé conversion, un tel repliement témoigne d’un processus de purification allant jusqu’à la contemplation, voire une transformation, la métanoïa (μετανοια), qui plus est, se défaire de tout, aphele panta, selon l’invitation de Platon.

 

De l’Un plotinien, émane l’Intelligence. De celle-ci l’Âme du monde. Son activité animatrice se disperse dans la multitude des corps vivants. Quant à la matière, elle émane de l’Âme, comme un principe de non-être, de l’imitation, de l’imperfection et du désordre. Aussi, Étienne Gilson, le célèbre médiéviste, dans son livre L’Être et l’essence, écrit-il : Identifiant l’Un et le Bien de Plotin avec l’Être du Dieu, les interprètes transposent l’émanation plotinienne du Multiple à partir de l’Un en une émanation de tous les êtres de notre terre à partir de l’Être Absolu Tout Puissant.

                                                                                                                          

En conséquence, à partir de la Cause Première et de l’Acte Pur d’Aristote, de l’Un de Plotin, joints au contenu du Livre des causes de Proclus, la patristique, la métaphysique des premiers Pères de l’Église, plus tard, celle de la Scolastique, notamment du XIIIe siècle, confirment la thèse philosophique de la création du monde.

 

L’Acte Pur ainsi que la Cause Première désignent Dieu. Quant à l’Un de Plotin, il est arrheton, c’est-à-dire ineffable (du préfixe privatif in, et de fari, dire, parler), un Être unique, absolument un, parce que sans parties. Voilà pourquoi Jean Scot Érigène (810-877), fortement teinté de plotinisme, ira jusqu’à dire de l’Un qu’il est « le Non-être par excellence. » Paul Valéry s’en est souvenu :

 

« Soleil, soleil, faute éclatante !

« Tu gardes les cœurs de connaître

Que l’univers n’est qu’un défaut

Dans la pureté du non-être. »

 

Dieu, renchérit saint Thomas d’Aquin (1225-1274) dans sa Somme de théologie (XII, I), « échappe à toute prise, comme l’excès de lumière de l’oiseau de nuit. »[9]  L’Un de Plotin est assimilé au Dieu islamo-judéo-chrétien.

 

Ainsi, la création de notre Univers, comme bien d’autres Univers possibles, est le fait de l’Acte Pur de l’Être Absolu, la Première Cause, sinon notre monde et aucun autre monde n’auraient surgi.

 

Un extrait de Le Livre des causes, dont Proclus est considéré comme le présumé auteur, nous invite à comprendre la mise en œuvre de l’Univers : « Tout être supérieur est ou bien au-dessus de l’éternité et avant elle, ou bien avec elle et au-dessus du temps. L’Être qui est avant l’éternité est la cause première, puisqu’il en est la cause. Mais l’être qui est avec l’éternité est l’intelligence, puisqu’il est un être second de façon unitaire, d’où vient qu’il ne pâtit ni ne connaît la destruction. »[10] « Un Dieu ultra-vivant, un Dieu qui ne se lasse jamais d’Être Dieu. »[11] Un Dieu Trinitaire chez les chrétiens.

 

D’autant que la géniale création du monde se présente comme une véhémente ontologie du don Divin. Il y a création parce que « Dieu s’aime Lui-Même en Autrui. » Propter amorem est ecstasim passus (Dieu est sorti de soi par amour). Sinon la création n’a aucune explication. L’incarnation de Dieu en l’homme aussi. « Donner pleinement, c’est donner un être à lui-même ; et donner un être à lui-même, c’est faire advenir un esprit. »[12]

 

Jean Damascène (680-754), le dernier représentant de la patristique, la pensée des premiers Pères de l’Église, écrivait : « Parce que le Dieu est bon et, surabondant en bonté, ne s’est pas contenté de sa propre contemplation, mais par la surabondance de sa bonté a voulu qu’existent des êtres qui bénéficient de ses bienfaits et participent de sa bonté ; du non-être à l’être il a fait venir et a produit toutes choses, invisibles et visibles, et l’homme qui est fait d’une part visible et d’une part invisible. Il a créé en pensant, et sa pensée est présente dans son œuvre et la fonde ; le Logos l’accomplit avec elle, et l’Esprit lui donne son achèvement. »[13]

 

Claude Bruaire attribue cette « ontologie du don »  à l’Être du Dieu Amour. Mais, bien avant lui, cette thèse bruairienne se retrouve dans la philosophie des premiers Pères de l’Église, la patristique, du IIe au VIIe s de notre ère. Notamment sous la plume de Clément d’Alexandrie (150-215), Bardesane d’Édesse, en Syrie, (154-252), et de Méthode d’Olympe (230-311).  Saint Augustin (354-430), dans son De Civitate Dei/De la Cité de Dieu, écrit : « Il n’avait besoin d’aucun des êtres qu’il a créés… L’Agapè de Dieu est un acte libre, un acte de don, un acte réfléchi et voulu. »[14] Et surtout, un acte constant que la création. Parce que Dieu ne cesse de donner de l’être aux êtres. Tant il est vrai que à partir de ce lemme, ens ut causatum,  il est possible de déduire que Dieu donne l’être à tous les êtres. « Il [Dieu] est la source de l’essence en toute choses », affirme Christian Wolff dans Métaphysique allemande (VI, 1720).[15]  Sinon, c’est le néant, du latin ne, négation, et de ens, être, donc absence d’être, de réalité.

 

Telle que je l’énonce dans mon dernier livre, Mes Convictions profondes, Et mes pensées à l’ombre du soir ; Essai d’égologie philosophique privée, la création divine est un don permanent d’Amour de l’Être Absolu, Dieu.

 

Nicolas Malebranche, dans les Méditations chrétiennes et métaphysiques, écrit : « Les hommes ne donnent point l’être à la matière qu’ils travaillent : ils la supposent toute faite. »[16] Dans les Entretiens sur la métaphysique et la religion le Maître oratorien, ayant lu de toute évidence saint Augustin, ajoute : « Mais l’univers étant tiré du néant, il y retomberait nécessairement si Dieu cessait de le conserver. »[17] Encore dans les Entretiens sur la métaphysiques sur la religion l’Oratorien précise que « les êtres créés sont essentiellement dépendants du Créateur, ils ont besoin pour subsister d’être soutenus par son influence continuelle, par l’efficace de la même volonté qui les a créés… Création et conservation ne sont donc en Dieu qu’une même action… La création ne passe point, la conservation des créatures n’étant de la part de Dieu qu’une création continuée, qu’une même volonté qui subsiste, et qui opère sans cesse… Si le monde subsiste c’est donc  que Dieu continue de vouloir que le monde soit. »[18]

 

Identique dans la tradition islamo-judéo-chrétienne, il s’avère important de souligner que la métaphysique de la Divine création ne contredit nullement celle de la science, et vice versa. Toutefois, l’approche de la philosophie diffère de celle de la science, sans aucun antagonisme. « Le temps est la croix de la philosophie », selon Vladimir Jankélévitch. Parce que la philosophie se fie au logos. La science à l’expérience. Celle-ci se réfère au temps. Quoiqu’il en soit, philosophie et science ne sont pas incompatibles.

 

Voici un excellent résumé de la thèse scientifique de la formation de l’Univers par Ilya Prigogine (1917-2003) et Isabelle Stengers, professeur de philosophie à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), dans leur livre, Entre le temps et l’éternité :

 

« La naissance de l’univers correspond à une instabilité qui nous fait passer de l’univers vide à un univers en expansion exponentielle peuplé de mini-trous noirs. À la mort des trous noirs qui engendrent la matière et le rayonnement, l’expansion exponentielle se transforme en une expansion adiabatique (du grec adiabatos, infranchissable, donc imperméable à la chaleur),  celle du modèle standard, qui se poursuit toujours. Dans cette conception il n’y a plus de singularité initiale, plus de Big Bang, mais une instabilité créatrice de la matière. La conclusion est dès lors que tout mécanisme d’instabilité dissipatif créant de la matière supprime le Big Bang. Le Big Bang est structurellement instable. C’est là une conclusion fondamentale. »[19]

 

La création de l’Univers par un Dieu, constant donateur d’être, ne contredit nullement l’aspect scientifique de son expansion exponentielle. Deux plans, philosophie et science, qui ne se contredisent pas.

 

Feu le Pape Jean-Paul II, canonisé saint de l’Église, l’a bien compris. Voici sa poétique invocation à un congrès de microphysique :

 

« Ô atomes, ô protons,

Ô électrons,

Ô chants des oiseaux,

Ô respiration des feuilles

Et de l’air,

Dans les mains de l’homme,

Comme une prière, chantez l’hymne qui

Retourne à Dieu. »

 

Encore très beau ce cantique de saint François d’Assise (1182-1226) :

 

« Loué sois-tu Seigneur, dans toutes tes créatures,

spécialement messire frère Soleil,

par qui tu nous donnes le jour, la lumière;

il est beau, rayonnant d’une grande splendeur,

et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole.

 

Loué, sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les Étoiles,

dans le ciel tu les as formées,

claires, précieuses et belles.

 

Louez sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent,

et pour l’air et pour les nuages,

pour l’azur calme et tous les temps

par lesquels tu donnes soutien à toute créature.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau,

qui est très utile et très humble,

précieuse et chaste.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu

par qui tu éclaires la nuit :

il est beau et joyeux,

indomptable et fort.

 

Loué sois-tu mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre

qui nous porte et nous nourrit,

            qui produit la diversité des fruits,

avec les fleurs diaprées et les herbes.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux

qui pardonnent par amour pour toi :

qui supportent épreuves et maladies :

heureux s’ils conservent la paix,

car par toi, Très-Haut, ils seront couronnés.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle

À qui nul homme vivant ne peut échapper.

Heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta volonté

car la seconde mort leur sera épargnée. »

 

Je termine par ces mots du prestigieux philosophe, Maurice Nédoncelle (1906-1976), extrait de son livre, Vers une philosophie de l’amour et de la personne  : « Nos consciences naissent à l’image d’une Conscience qui les pénètre et les enveloppe totalement… Pour le philosophe, Dieu s’est fait relation relatante pour ses créatures. Dieu demande l’homme comme l’homme demande Dieu. Dieu prie l’homme comme l’homme Le prie. Tout se passe comme si Dieu voulait s’incarner en nous et comme si nous avions à recréer le monde en Lui et avec Lui : ce qui entraîne une alliance subtile d’impération et de liberté. »[20] Une alliance d’amour…

 

« Ô le bonheur du genre humain,

Si vos esprits sont gouvernés

Par l’amour qui régit le ciel.  »[21]

 

Michel-Ange Momplaisir

 


[1]. -  Alain de Libera, La philosophie médiévale, PUF, 1993, p. 72.

[2]. - Traduction aussi du grec en syriaque, puis du syriaque en arabe, par les Maîtres de l’École d’Édesse en Turquie orientale, près de l’actuelle Syrie, qu’avait fondée en 366 saint Éphrem de Nisibe (306-373). 

[3].- Philosophie grecque, sous la direction de Monique Canto-Sperber, op. cit., p. 687

[4].- Alain de Libera, La philosophie médiévale, PUF, 1993, p. 77.

[5].- Ibidem, p. 157.

 

[6].- Cité par G. Séailles in Laphilosophie de Jules Lachelier, Alcan, 1920, p. 130.

[7].- Cité in Le Christianisme et les philosophes, Aubier 1941, T. II, p. 496.

[8].- L’invention, pp. 119-120,  Neuvième semaine internationale de synthèse, Alcan, 1938.

[9].- C’est de Platon qui ne savait comment nommer Dieu que s’est inspiré Plotin, le chef du néoplatonisme. Le mot Dieu aurait été forgé par la substitution de la lettre Z de Zeus à la lettre D, ce qui donne Deus en latin, au début de la patristique latine dan ses premiers siècles. Le mot Dieu est une traduction française. Sans rapport avec le Deus latin et le Théos/Θεός grec, le mot di’hon de cette dernière langue est utilisé pour exprimer le principe de la causalité première chez les philosophes. Djew est ce qui est éclatant chez les Hittites envahisseurs de l’Anatolie au IIIe millénaire avant JC. Une autre variante linguistique, siu, désigne la lumière du soleil.  Qu’est ce que Dieu ?, demanda le curé de paroisse à une petite fille de 7 ans. Réponse : « Dieu est un pur esprit entouré d’eau de tous les côtés », répondit elle au curé qui lui passait les examens en vue de sa de sa première communion. Dieu est innommable. Après réflexion du père examinateur, la petite fut admise à faire sa première communion !

 

[10].- Cité par Bertrand Vergely in Comprendre pour aimer la philosophie, Éditions Milan 2009, p. 174.  

[11].- Ibidem.

[12].- Guildas Richard, Le don de l’être, aperçu de la pensée de Claude Bruaire, (Internet).

[13].- De fide orthodoxa, 2, 2, cité par Claude Tresmontant in Études de Métaphysique biblique, op. cit., p. 171.

[14].- Ibid., pp.194-195.

[15].- Cité in La philosophie des lumières, Nouveaux Classiques Larousse, Larousse, 1969, p.86.

[16].- Réf. : Malebranche, Philippe Desoche, Vocabulaire des Philosophes, Philosophie classique et moderne, XVII-XVIIe siècle, Ellipses, 2002, p. 235.

[17]. - Ibid.

[18]. - Ibid.

[19].- Cité par Bertrand Vergely in Comprendre pour aimer la philosophie, Éditions Milan, 2009, p. 289.

 

 

 

[20].- Cité par Armand Cuvillier in Anthologie des philosophes français contemporains, PUF, 1962, p. 71, et p. 72 

[21].- Séverin Boèce, Livre II, 28-30.

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