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Par Camille Loty Malebranche

 

Toutes les fois où tu privilégies l’avoir au détriment de l’être, chaque fois que tu fais primer l’intérêt sur la justice en servant l’infâme et bafouant le juste pour quelque faveur, tu es un prostitué.

 

La prostitution est cette mentalité de subvertir l’usage des dimensions proprement ontologiques de l’humain à la marchandisation, c’est le fait de croire et se convaincre que tout prend sens dans la rentabilisation. Celui ou celle qui vend un service sexuel ou même mime l’amour pour quelque intérêt matériel, est certes, prostitué(e) au niveau primaire, mais derrière les jeux de scène du social, au deçà des manières hautaines de certaines crapules de proue de l’échiquier sociétal, saurons-nous jamais la horde massive de vendus, de mornes prostitués qui singent arrogamment le prestige! Ces prostitués secondaires, s’il faut, pour ainsi dire, les adjectiver afin de les discerner des premiers, sont souvent ceux qui osent faire la morale aux hommes, avant-gardistes conservateurs de la morale sociale. À se fourvoyer dans la frénésie du gain, l’on oublie la culture de l’être qui n’est pas réductible au stade de mise ou investissement pour les estimations des utilisateurs d’humains, acheteurs divers de consciences, mais nature en évolution vers sa plénitude à cultiver et à conquérir. Quand l’homme se mêle d’utiliser l’homme en chosifiant sa conscience, l’inter-réification qui en sourd ne peut qu’engendrer une chaîne de prostitution de tous ressorts. Tous les champs d’activité sociale ont leur pléthore de prostitués, leur filière de prostitution : la politique, la presse, la religion, les administrations publiques ou privées…

 

Dans un système qui produit l’homme comme marchandise utilitaire qui se vend à tout niveau et à tout offrant, l’individu structuré par le social galvaude le primat de l’humain dont l’essence est d’être le définisseur indéfini de toute utilisation des choses, et la société en devient souvent une véritable scène d’individus-objets, scène d’individus jetables selon les besoins. Dans une société de clivages indécents où les uns se veulent propriétaires des autres, l’on comprend que la structure même de l’économie orchestre la prostitution dans le sillage de son mode de vie. À prôner et banaliser tous les vices de la vénalité, tels les flagorneries, les désinformations médiatiques comme ces journaleux qui, aujourd’hui nous disent que c’est la dictature plutôt que la guerre de leurs patrons politiciens que fuient les migrants syriens, les hagiographies des monstres opulent par des intellos affairistes, les mensonges commerciaux graves à l’instar des manipulations de masse au sujet de la santé, les prospectives fausses des idéologues grassement payés pour justifier le système économique, l’on finit par croire normal que l’entendement soit une marchandise vile au gré des payeurs, et l’homme un objet fonctionnel pour les rouages de l’ordre établi.

 

Refuser toute reddition aux minorités dominantes et à la pression sociale du grand nombre, rester de glace face aux assauts de la séduction et de la subornation oligarchique sans craindre les menaces de rejet des reîtres contemporains, constitue la mission de l’homme resté humain et vertical contre les forces de la corruption prostituante. Transcender nos propres faiblesses devant les difficultés et frustrations inhérentes à la posture de tout résistant nous rappelant que résister est souvent un acte solitaire et incompris même de nos soi disant proches. Savoir s’armer mentalement et spirituellement contre la sollicitation à trahir nos principes, ce pas de déchu vers la prostitution, tout résistant aux ignominies sociales se doit de développer l’affermissement mental sans quoi il ne pourra tenir. Refus de toute compromission et transcendance spirituelle en travail de soi et sur soi, tels sont l’arme, l’armure et le bouclier de la victoire sur les puissances bordéliques d’un ordre de prostitution où les rois sont proxénètes, où une immense part innombrable de sujets se considèrent eux-mêmes de pitoyables objets de l’ordre, prostitués qui s’ignorent! Hélas! dans l’ordre qui impose le primat du numéraire, les réifiés sont de toutes classes, toutes catégories! Des rois du système autant que leurs sujets forment à l’unisson une informelle cour de choses anthropomorphes, viles et indignes, ennemis jurés de leur propre humanité…

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Tag(s) : #Monde du Concept

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