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Par Camille Loty Malebranche  

 

Le bienfait renvoie par définition, à l’acte de bienfaisance non statutairement dû que l’on pose par générosité humaine envers un semblable dans le besoin ou en difficulté. Le bienfait est de l’empathie agissante et ponctuelle pour soutenir un humain dans le malheur en se considérant soi-même humain simplement en circonstance favorable, et donc obligé envers le semblable.

 

Ici il faut précicer que ce que nous devons à Dieu surclasse toute gratitude car cest notre consécration ontologique à lAuteur de la vie, Dispensateur de notre part dêtre. Cest le chant de la créature au Créateur.

 

Le seul sens de la reconnaissance envers un bienfaiteur est d’estimer la valeur humaine altruiste de son geste dont nous bénéficions. Toute servitude ultérieure en guise de redevance est indue parce que contraire à l’essence même de l’altruisme auquel va notre gratitude. L’acte bienfaisant est censé élever l’humain en celui qui donne et celui qui reçoit. Le bienfaiteur est l’affirmant de l’humanité et de sa primauté entraînant une morale active et anomique du devoir envers le semblable; c’est pourquoi, il est désigné homme de bonté. Bonté d’une justice imprescriptible car échappant aux codes moraux. Le bon samaritain n’a de loi que la voix intérieure de son humanité l’appelant au profit de l’autre humain. Sa grandeur comme tout bien se corrompt si elle est mésusée ou exploitée ultérieurement pour le mauvais. Tout bienfait qui exigerait comme gratitude, un amenuisement de son bénéficiaire pour plaire audit bienfaiteur, devient horreur et manipulation, et la reconnaissance réclamée en ces occurrences doit elle-même être considérée comme de la servitude à rejeter sans hésitation. Nous vivons, hélas, un monde de perversions et de mesquineries où même certains parents ou gouvernants indignes, et ils sont légion, tirent conséquence de leur soi disant bienfaits à leurs dominés (enfants ou gouvernés) - ce qui d’ailleurs, n’est même pas du registre du bienfait, étant le devoir d’état de ces dits parents ou gouvernants - pour reprocher à ces dominés toutes sortes d’incartades, les accusant d’ingratitude à la moindre occasion afin d’obtenir leur obéissance aveugle.

 

S’amenuiser par gratitude, dégrade le bénéficiaire d’un bienfait, dénature la gratitude qui, de sensibilité humaine digne, s’avachit en abêtissement servile tout en transformant le bienfaiteur en paternaliste avec tous les vices de manipulateur corrupteur et profiteur liés au paternalisme. Se soumettre et se faire petit parce que redevable à un bienfaiteur, c’est alimenter la bêtise et la perversion à nos propres dépens, c’est être coupable de collaborer avec le mal.

 

Ni « lâcheté », fut-ce en politique comme le suggère Machiavel, ni reniement de soi au profit d’un bienfaiteur dominateur opérant avec mépris et reproche pour réifier celui qu’il aide ou a aidé en temps de difficulté, la reconnaissance est et doit être strictement l’expression d’humanité du donataire d’une aide non due par le donateur qui s’est montré précisément pleinement humain en donnant. D’où, tout ce qui rompra la valeur humaine de ce rapport sain, est toxique et à rejeter comme antithèse de la vraie reconnaissance. De fait, accepter les mufleries d’un ou d’une paternaliste nous ayant accordé un bienfaiteur, c’est s’avilir soi-même mais aussi, dénaturer le bienfait reçu et la valeur humaine de son auteur. Car obéir aux insanités d’un bienfaiteur pour ses largesses présentes ou passées en d’autres contextes, subir les méchancetés d’un individu par obligeance sous prétexte d’obligation pour ce quil a accordé en faveur, fût-ce le plus extraordinaire des bienfaits, à savoir le sauvetage de la vie menacée du donataire, c’est autoriser un pervers à se servir du bienfait comme base de départ au mal. C’est donc corrompre le bienfait et trahir son esprit sain par son contraire.

 

La reconnaissance cesse d’être vertu quand elle devient redevance asservissante, auquel cas, elle déshumanise le bénéficiaire d’un bienfait tout en faisant monstre le bienfaiteur dénaturé en bourreau.

 

Heureuse la gratitude pour le bienfait qui demeure hauteur sublime de bien et d'humanité sans jamais se trahir postérieurement par une quelconque vilenie d'intention! Heureuse la reconnaissance gravée dans la mémoire par le feu pérenne inextinguible des deux humanités qu'elle unit. 

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Tag(s) : #Monde du Concept

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