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Par Camille Loty Malebranche

 

Tout le pari de l’homme au monde est de toujours transcender l’attachement à l’impermanent qui est métaphysiquement illusion, pour embrasser la vérité transcendante de l’esprit. Le désert consiste avant tout à mettre l’homme dans le cru de sa vérité où il doit puiser des richesses immanentes à son essence spirituelle. Le désert nous dit que la verdeur féconde est en nous et de nature spirituelle, et que notre attitude, si elle est digne, est la seule force capable de transformer tous les déserts humains que sont les manques et les faiblesses de l’humanité, en vergers d’abondance. L’humain n’est désertique que de la trahison de son essence… Souvent associé à la montagne, le désert est l’illustration de l’exubérance spirituelle par le silence du matériel dépassé dans la transcendance via une orographie de rugosité et de hauteur, rugosité de la terre aride qui fait fixer les hauteurs de l’esprit guettant la voix divine. Le ciel est l’apanage du dépassement des choses, de la trancendance du moi pour intégrer le soi. Dans le christianisme, le désert montagneux renvoie au mystère de l’ascension vers l’esprit auquel nous appelle le ministère christique.

 

L’allégorie du désert emplit l’univers mystique de la foi où elle tient une place majeure. Dans cette écologie physique du dépouillement se profile la symbolisation de l’immatériel. La nature désertique joue comme un rôle de propédeutique à la vérité spirituelle. Le désert, par le dépouillement qu’il fait apparaître dans la sécheresse, est pourtant l’antithèse du stérile puisqu’il fait désapprendre à la conscience humaine noyée dans l’environnement des choses et l’illusoire abondance sans limite des ressources qui appartiendraient à l’homme trop souvent oublieux de sa propre impermanence et de l’éphémérité de la condition terrestre. Jésus, Incarnation de la religion spirituelle - celle qui transcende toute institution sociale et officielle du culte, celle qui arbore le croire au-dessus de la latrie hiératique - Jésus proclamateur de la religion intérieure où l’homme vit sa foi en mitsein spirituel avec Dieu, commence sa mission messianique par le voyage au désert.

 

L’activité missionnaire du Libérateur métaphysique part du désert car seul le désert et son empirie spirituelle achève de fortifier l’Homme oint de Dieu. Fortification qui apporte cette part de résistance somatique face à la privation matérielle et temporelle du Christ, dont la mission exigeait un stade supérieur de détachement mental pour répondre à l’onction spéciale que le Verbe Incarné avait à vivre dans la chair. Pour l’homme simple, le désert illustre l’affrontement des confins du soi en tant que puissance résolue, fermeté décideuse et engagement résistant à toutes les adversités. Le désert ouvre le suprahiératisme missionnaire de l’Oint messianique de l’Éternel, et c’est sans doute là, la puissante pertinence de l’essence du désertisme. Je nomme désertisme, cette catégorie du manque éreintant, manque existentiel trancendé par le croyant, qui finit par épuiser la foi et miner la détermination du spirituellement non affermi; chez le croyant, le désertisme réfère à ce mental pugnace, cette sensibilité travaillée par l’affrontement de la poussière, de la privation, de l’abandon, de la solitude, de la fatigue, de la faim…

 

Le désertisme assumé spirituellement sauve du désert intérieur et abolit les désertions inconscientes de l’esprit par lui-même sous les illusions du sensible…

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Tag(s) : #Monde du Concept

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