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Par Camille Loty Malebranche

 

La multitude et la foule font l’une et l’autre référence dénotative au nombre. La multitude désigne tout grand ensemble d’humains en vastitude de nombre, au point d’être une population alors que la foule est un amas d’individus sans identité personnelle, fondue dans le factuel situationnel qui réagit au premier degré précisément sous l’influence d’une conjoncture. Ainsi, la connotation décèle une différence majeure de la valeur anthropologique qui ponctue entre multitude et foule, une délimitation aussi drastique que celle qui existe entre le neutre et le négatif. Entre la multitude et la foule, l’altérité va donc de la simple désignation à l’implacable péjoration. Regardons de plus près ces deux sortes de démographies qualitatives avec leur spécificité.

 

La multitude n’est pas une expression de la valeur par et dans le jugement; sa sémantique ne porte aucune idée qualitative ou qualificative. Son essence a pour qualité, la neutralité. La multitude se distingue logiquement de la foule, étant strictement l’appellation vague, indifférente du nombre, du grand nombre d’individus pris en contexte démographique. La foule, elle, renvoie à l’évocation imageante de l’orientation subie par une masse d’individus qu’une mouvance imprègne. La foule est soumise à des réflexes conditionnés, c’est une masse téléguidée sans vraiment le savoir, subjuguée qu’elle est par des forces qui lui sont externes… La foule, de fait, est le plus souvent astreinte à des dei ex machina, fignolant un niveau de chaos et d’exacerbation de certaines pulsions primaires facilement excitables chez le type social de cette masse plus ou moins compacte qui la constitue.

 

À ce stade de l’intellection de l’idée même de foule, nous disons que celle-ci est effectivement vulgaire, comme nous le rappelle cet adjectif qui vient de l’étymologie latine (vulgus). Et pourquoi, se laisser absorber par la foule, fait perdre toute identité propre à l’individu comme drogué dans le nombre et ses gestes contagieux! La foule sert avant tout, par le déferlement des passions surexcitées en situation, à produire des effets anticipés selon les intérêts de ses utilisateurs. La foule est l’image ponctuelle du chaos planifié. Ses scènes de manifestation publique, sont des occasions de sauvagerie primitive où baver ses rages, beugler ses haines, son fanatisme semble facile au point de devenir jouissif… Par exemple, là où la multitude qu’est le vrai peuple montera une résistance révolutionnaire à l’État par la désobéissance civile, la préparation de la guérilla s’il le faut; la foule gouvernée par des partis ou secteurs obscurs du pouvoir social ira, quant à elle, faire des émeutes, du hooliganisme, produire un mal-être artificiel pour accuser des secteurs innocents à travers des injures irrationnelles, des liens de conséquence illogiques sans rien entreprendre de constructif contre le mode de pouvoir social.

 

Surveillez le prochain texte sur la vulgarophilie étatique.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Tag(s) : #Monde du Concept

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