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Par Camille Loty Malebranche

 

La doctrine comme activité d’orientation par l’éducation, est la raison d’être du philosophe, en tant que mode spécifique du penser qui communique un art du regard qui scrute les nuances et aspects du sens au cœur de l’aventure humaine en lui fournissant des voies de saisie interrogative et interprétative pour éventuellement aider la conscience humaine à s’orienter dans le penser et l’agir. Le doctrinaire trouve en cette modalité, sa signification de conducteur sans toutefois se faire meneur mais, par respect de la liberté de ses enseignés, comme indicateur orienteur qui refuse d’endoctriner tout en suggérant des voies comportementales.

 

J’appelle philosophe au sens strict, absolu non adjectivé, le doctrinaire qui élabore dans une pensée abstraite, sa discursivité logique, son logos conceptuel où il construit une vision de l’action, soit de la vie en général avec les grands problèmes cosmologiques et anthropologiques tels l’origine, le destin, le déterminisme transcendant et divin, la déréliction et l’absurde; soit dans un domaine particulier comme l’art, la politique, l’histoire, le savoir, le signe… Pour le philosophe il s’agit de proposer un regard et une attitude devant prédéterminer le comportement idéel et actif des disciples c’est-à-dire de ceux qui, de leur conviction, partagent la pensée du philosophe. Le philosophe est dispensateur de conception du voir et du vivre ou il n’est pas. C’est, à mon avis, une aberration antiphilosophique que d’envisager autrement la posture du philosophe.

 

En dehors de cet aspect de l’activité du philosophe, il est des travailleurs de la philosophie dont la démarche reste essentielle pour la transmission de la philosophie dans la culture globale des sociétés. Il faut ici saisir que la philosophie est une discipline cognitive que n’importe qui peut apprendre par des recherches en solitaire ou à l’école. En cela, elle se compare à toute autre discipline de connaissance. D’où, connaître les courants de la philosophie, l’histoire des philosophes et de leurs œuvres voire approfondir les travaux des philosophes, constitue un travail d’érudit ou de spécialiste de la discipline philosophique comme scolaire mais pas une démarche de philosophe. Le philosophe est celui qui entreprend de repenser la saisie du monde d’après ses propres perceptions et en élabore la reconception herméneutique pour l’interagir humain en édifiant un raisonnement logique par les questions abstraites pertinentes sur de multiples innombrables manifestations du fait d’être qui sont autant d’envisagements du sens en général et des acceptions spécifiques auxquelles seule la philosophie peut faire face. Car si la logique appartient à toutes les sciences, la logique philosophique seule, par son extensibilité à la diversité infinie de la présence tant singulière qu’est le fait cosmique que plurielle qu’est la diversité incommensurable du cosmique sans perdre de vue la conscience notamment incommencée, préhumaine qui a créé ledit univers et ce à quoi les limites de la conscience humaine nous donne de connaître de toutes ces occurrences qui se partagent le vaste fait d’être. Le philosophe sait appréhender à partir de sa singularité interrogative, une considération idéelle non monstrative de l’être pour en signifier la saisie des essences.

 

La philosophie stricto sensu, est doctrine redisons-nous, et en tant que telle, elle est l’expression de la sagesse personnelle du philosophe comme soit enseignement d’un art de vivre en général soit proposition d’une manière d’appréhender le monde ou un domaine de la condition humaine. La doctrine est le seul lieu d’expression solipsiste tant méditatif que discursif où le philosophe manifeste son ipséité intellectuelle, pensante et enseignante. C’est le mode didactique de l’orientation à travers des idées configurant une vision de l’interaction de l’homme avec lui-même, l’univers, les situations, la représentation artistique, le social… Pour autant que toute communication idéelle se corrompt une fois assujettie à des patronages, la philosophie vraie a pour ennemi, la soumission du philosophe au mode de penser que lui dicterait non sa conscience observante et intellective mais son appartenance à un courant payant ou à une influence sociale qu’il voudrait pragmatiquement exploiter pour la popularité ou l’ascension sociale.

 

Le philosophe vrai, toujours conséquent avec lui-même, sachant que bien penser c’est se repenser, est un introspectif solipsiste qui revient à soi pour constamment se ressourcer, se juger soi-même par manière de fidélité à soi. C’est un combattant de la conviction qui sait que le premier jet de toute doctrine philosophique, ce don de la vraie assumation de la posture philosophique, est un ancrage dans la conviction, un « convictisme » pleinement vécu. Le doctrinaire est un convaincu qui ose faire de sa conviction un phare pour des disciples. Oser apporter le feu sans prétendre en être le dépositaire mais sa simple courroie de transmission, telle est la face achevée du philosophe doctrinaire.       

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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