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Par Camille Loty Malebranche

 

Le concept est essentiellement la saisie de ce qui se dégage du vécu, c’est la thèse abstractive et idéelle de départ qu’élabore l’entendement sur ce qu’il prend en étude pour l’appréhension théorique du monde concret. Le concept est le porteur de l’éprouvement du sens du monde rendu en idée et langage... Le monde du concept n’est autre que la sphère de l’abstraction interrogeante qui, loin de se détacher du concret, l’envisage à travers l’activité intellectuelle qui le conçoit par condensé identifiant et nominalisant, passant par l’exploration analytique... Sans oublier la dimension pleinement réelle du monde qu’il pose sous forme d’idée appellative, le concept refuse les pièges d’une immersion dans le réel qui empêcherait le recul de l’entendement interrogateur et connaissant.

 

Conceptualiser, c’est intelliger le concret en l’abstrayant.

 

Le concept incarne la stratégie de l’entendement abstractif en quête d’appréhension des principes du substratum des étants qu’il pose en objet de son analyse ou considère en sujet de sa réflexion. Car à nommer à travers une idée jouant le rôle de définition succincte, le concept est la semence intellectuelle qui génère les plus beaux arbres et fruits des connaissances humaines, surtout dans les champs théoriques. C’est le médiaire langagier du regard abstrayant l’immédiat pour comprendre les multiples dimensions non patentes de tout étant phénoménal ou non qu’interroge l’entendement.

 

C’est par le concept que le méditatif commence sa saisie du sujet ou de l’objet de sa méditation selon la nature impondérable ou matérielle de ce sur quoi l’esprit médite. C’est donc le lieu d’embrayage de la conscience en train de comprendre dès l’étape inaugurale de l’acte de penser qu’est la méditation. On ne médite pas intellectuellement sans conceptualiser, sans avoir un concept de départ apposé par abstraction interrogeante au sujet ou à l’objet de la pensée. Après la méditation, la réflexion et la cognition - ces deux autres moments de l’acte de penser s’édictant par élaboration idéelle - se chargent d’explorer l’étant fait question et interlocution pour l’entendement du penseur. Car l’idée finie, la cognition, est l’accomplissement du concept au bout de son exploration. 

 

Je sais, après avoir posé la politique comme concept, qu’elle est, comme je l’ai expliqué ailleurs, un domaine du sens, précisément le domaine du sens collectif des hommes socialisés. Cela nest possible que si je me défais de la politique comme simple faire ordinaire partout semé dans les relations de pouvoir qu’entretiennent les hommes. C’est seulement par la mise en concept que l’on théorise et dans l’occurrence de la politique, le recul par conceptualisation me dévoile la nature profane et impersonnelle de la politique, sa choséité concrète quoique immatérielle, son objectivation proprement dite lorsque je l’évoque comme sujet. 

 

Remarquer que dans l’acte de penser et d’apprendre, voire en gnoséologie où il s’agit des modalités du connaître, le mot sujet est très ambigu : il réfère autant au sujet connaissant qu’est l’homme qui pense, étudie, sait, qu’à la chose immatérielle quoique bien concrète mais non physiquement objectale sur laquelle l’entendement pense, se prononce. L’objet en ce cas-là est avant tout un fait physique tangible matériellement. L’amour est une chose plus que concrète, mais il demeure immatériel et ne peut être objet, c’est un sujet, un méga-sujet que le philosophe peut étudier et tenter de comprendre par des concepts comme élan individuel vers la complémentarité, appel intime irrépressible, flamme de déité spirituelle etc.

  

Dans le contexte d’un étant-personne, où toute choséité est bannie, il ne peut y avoir de conceptualisation posant en objet mais une conceptualisation expressive des rapports interconscientiels nés entre ma personne et celle de l’interlocuteur. Par exemple, dans ma relation de croyant avec ce Dieu dénommé JE SUIS (YAHVÉ), avec le Christ son envoyé, la foi, le salut, l’ascension spirituelle, le soutien du Paraclet, l’extase mystique et l’essor sacré sont deux conceptualisations pour dire la vérité intérieure que je vis. Il en est de même des rapports entre des amoureux, entre des amis: on ne conceptualise jamais que ce qu’on vit mais jamais l’autre car la personne, sauf juridiquement, est indéfinissable sur le plan de l’être. Toute ontologie de la personne reste au stade d’exploration du sens plural de ses manifestations comme conscience active et dynamique dans le monde, comme hypostase mais onques comme objet étudié et connu. L’inconnaissabilité de la personne déroute la veine conceptualisante de la philosophie et de la science. 

 

Le concept, malgré ses limites ontologiques avérés, son inaptitude à appréhender l’univers des personnes, reste un allié sûr pour la connaissance des choses et des idées en tant qu’il leur ôte leur figement, les arrache à leur raideur pratique (parfois intime), pour les théoriser, les interroger, les faire apparaître dans le langage argumentant pour comprendre ne serait-ce qu’en partie, leur raison d’être, leur implication ou non pour l’homme.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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