Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Par Camille Loty Malebranche

 

Dès le départ, précisons que la différence entre l’éducation populaire et la propagande, sied au but visé, au projet conçu. L’éducation s’adonne à l’élévation effective du peuple qu’elle éclaire de connaissances et de vérités pour une motivation collective en sa propre faveur, le bien et le bien-être collectif dudit peuple sans profiteurs structurels cachés derrière les buts à atteindre. La propagande constitue l’art fin de la manipulation mêlant l’essentiel au contingent, le nécessaire à l’accidentel pour façonner une vision du monde et une représentation des choses qui profitent avant tout et en tout aux intérêts de la classe du pouvoir, à la prépondérance de l’oligarchie. 

 

La propagande est la voie de l’idéologie dans un contexte de mensonge officiel. Elle se substitue - en temps de facticité de la démocratie oligarchique - à la motivation et aux méthodes dignes de l’éducation authentique des masses. De fait, la propagande explose au sein du populisme qui mime la démocratie au profit des grands oligarques usant de condescendance et de mièvrerie médiatiques pour les foules.

 

La propagande fonctionne par des sortes d’exhortations hyper-émotionnelles semblables à un kérygme urbi et orbi de la liturgie économique du système étatico-social. La propagande emplit l’espace intérieur des individus qu’elle mobilise pour les fins sacrées de l’ordre socioéconomique au point de les porter à lui vouer leur être, à le défendre jusqu’à la violence contre les marginaux et rebelles qui, du peuple, délaissent l’option de foule embringuée marchant en rang dans la discipline des maîtres de l’économie. La propagande crée le pseudo-sens du destin terrestre et de l’arrivée - telle une ersatz du sens métaphysique galvaudé par les religions institutionnelles - qu’elle distille par des arguties et instille aux cohues multiples qui y entrent, y vivent les compétitions des plus prestigieux consommateurs du cher et du griffé entre leurs membres, s’endettant, travaillant toute leur vie avec acharnement pour avoir les moyens de mieux singer les riches des classes dominantes et mimer les spécialistes médiatisés pour se laisser croire instruits et à la page. La propagande façonne les multitudes dont elle profite des limites intellectuelles pour leur inoculer dévouement et ferveur au service de l’ordre socioéconomique établi. Mais malgré tous ses messages monopolisant l’espace public médiatique et les organes officiels d’éducation, de conversion et de répression de l’État, la propagande et son maniérisme de communication d’une société d’ouverture, n’en finit pas de structurer impassible et monstrueuse, l’incommunication dans la claustration de sa vision unique et exclusive tuant toute communication et effaçant tout interstice de démocratie véritable qu’elle relègue à la marge des interdits et des ostracisés inavoués de la société où seule prévaut l’idéologie dominante que ses propagandistes fins et adroits entretiennent savamment sans le paraître. C’est même un art du populisme propagandiste que de jouer la carte démocratique d’appel aux foules et aux populaces pour flatter leurs bas instincts et laisser croire que le peuple dirige.

 

Là où le démocrate, par désintéressement humaniste, n’a d’intérêt que l’élévation effective de tous grâce à la communication des connaissances et du savoir comme culture populaire et fonds collectif de la société, le propagandiste, lui, excite le peuple, l’incite à agir en populace vulgaire, le mobilisant comme simple instrument d’enrichissement du système dont profitent les plus riches aux dépens du dévouement voire de la dévotion - ce stade sacral et fervent du dévouement - des masses manipulées, misérablement, pitoyablement inconscientes de leur instrumentalisation.

 

Malgré sa floraison médiatique, la prolifération de messages et des semblants de communication de masse par certains programmes des mass media, la propagande et l’idéologie populiste ploutocratique des oligarques qu’elle propulse partout sur la planète, invente l’ère de l’incommunication où désormais, bêtement unifiés par l’idéologie de consommation, tous ressassent le même projet d’une réussite se mesurant par les objets consommés, les marques déposées, mode de pratiques stupides sans vision personnelle, qui agitent les majorités prêtes à exclure de leur sein, tout importun non imbu de ce conditionnement rendu embrayeur de toute prise de contact interindividuelle. Il n’y a pas de communication quand les messages sont préorchestrés par des dei ex machina pour des interlocuteurs idéologiquement réifiés. La communication véritable ne se peut que si les interlocuteurs sont souverains, que si nul ne les manipule à distance, que si aucun des interlocuteurs ne cherche à profiter de l’autre par des contrevérités voire de purs mensonges.

 

La communication se meurt dès que chacun des interlocuteurs doit jouer au personnage qu’attend de lui l’autre qui ne le conçoit, ne le perçoit que par le prisme de l’idéologie de mode, les grilles de la vision unifiée de masse, imposée par les propagandistes systémiques.

 

La propagande, n’en déplaise à ses stratégies séductrices et de miroitement des libertés publiques, reste et demeure cette communication factice, populiste et antidémocratique de l’idéologie oligarchique orchestrée par les communicateurs politiques officiels, ces spécialistes du spécieux, employés par les maîtres profiteurs et opulents de l’ordre socioéconomique.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Copyright © CAMILLE LOTY MALEBRANCHE - Blog INTELLECTION - 2016

Politique de Reproduction

Les textes du Blog INTELLECTION peuvent être reproduits, en tout ou en partie, gratuitement, à condition d'indiquer clairement la source http://intellection.over-blog.com/, avec lien actif vers notre site. Dans le cas de la reproduction sur un support autre qu'Internet, la mention de l'adresse du Blog INTELLECTION (http://intellection.over-blog.com/) est exigée.

Tag(s) : #Monde du Concept

Partager cet article

Repost 0