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Par Camille Loty Malebranche

 

La littérature pourrait être envisagée, car on ne définit pas un art, comme l’élaboration euphonique du langage, le travail de la sonorité musicale du discours sur fond de sensibilité patente, éloquente qui, précisément, distingue le littéraire du non littéraire, manifestant le surgissement de l’art au bout de l’expression de la conscience esthétique de l’artiste, le littérateur… En fait, l'eurythmie est un découlement de leuphonie, une suite euphonique comme des notes composant un morceau. De fait, il est un imbroglio définitionnel de la littérature car la littérarité, l’essence qui confère à un discours oral ou écrit qu’il soit descriptif, narratif, théorique, fictif ou « réaliste »…, sa nature littéraire n’est pas dans les mots en soi ni même leur ensemble, c’est plutôt un quelque chose de la sensibilité humaine moulé dans un agencement sonore qui touche voire fascine l’auditeur ou lecteur. (Remarquez qu’ici nous n’évoquons même pas la poésie, son champ immense étant celui multiple d’un genre littéraire mais aussi d’un style pouvant intégrer tous les genres, en même temps qu’elle est une fonction langagière. Nous choisissons donc de traiter d’elle toujours en propre et non dans un essai sur la littérature).

 

Plotin, dans sa mémorable évocation de l'architecture, la décrit comme « ce qui reste de l’édifice, la pierre ôtée », moi, je vous dis que la littérature est cette aura euphonique émaillant une forme d’auréole esthétique dans l’expression orale ou écrite d'une sensibilité humaine. La littérature est rhétorique et la rhétorique passe de part en part par l'euphonie, le choix heureux des mots qui se marient par ludique esthétique. Tout le reste n'est qu'élément de la discursivité du littérateur, du non littéraire porté par le littéraire et qui lui sert de lieu d'existence.

 

L'euphonie est l'euphorie discursive des mots dans leur effet d’ensemble qui coiffe le discours et plaît au connaisseur. Mais attention, la discursivité est en soi l'aspect sémantique de l'expression qui sert de tremplin à l’art proprement littéraire drapé comme tout art, ainsi que nous le disions au départ, dans l'indéfinition, cette énigmatique indéfinissabilité qui voile l'acte esthétique d'un artiste. La création discursive en soi n'est pas forcément de la littérature, elle est sans doute de la fiction et souligne la verve imaginative d'un sujet humain, une qualité que l'on rencontre parfois chez des individus fabulateurs. Le discours, pour être littéraire, doit être un travail langagier parvenant à la production de cet effet insolite et admirable que l'on appelle la beauté. C'est le miroitement esthétique par les mots qui font l'art littéraire.

 

Si l’art est indéfinissable en tant que fait humain, comme activité, il s’avère par essence, un mode de représentation du monde, fixé à travers l’œuvre de l’artiste. Il est toujours conçu à travers une matière première dont il procède.

 

La littérature a donc le son ou plutôt la sonorité comme matière de construction, art sonore dont les matériaux, somme toute immatériels, idéels, sont l’ensemble des mots qu’utilise le littérateur. Tout art surgit donc et apparaît par le travail de sa matière première dont laction de l’artiste tire l’effet esthétique, la beauté. Là, chaque geste de l’artiste transforme par l’usage, la matière première en une multitude de matériaux occurrentiels qui font le langage littéraire, son bagage linguistique, son patrimoine expressionnel étayant son acte locutoire spécifiquement esthétique. En littérature, la technique d’usage des mots de la langue et la construction du langage, aboutissent à l’euphonie, la fête des mots dans un rapport de sonorité elle-même festive parcourant la sémantique des idées. Car la différence entre le locuteur ordinaire et le littérateur racontant l’accouchement d’une femme dans la rue est strictement et absolument dans la sensibilité esthétique qui sourd du récit littéraire et en fait une oeuvre d’art du littérateur conteur, se distinguant du rapport du locuteur ordinaire.

 

Les idées, quant à elles, si elles ne font pas l’art, le grand art verbal qu’est le littéraire, parce qu’il utilise le langage et porte au moins les deux grands moments de la communication que sont la projection et l’interaction, ne peut se délier de la valeur de leur splendeur, leur intellectualité pour y prendre racine, en tirer importance. Je dirais que les idées, leur modalité d’apparition dans le discours, leur schème et code dabstraction et de symbolisation, le niveau et la finesse délaboration de leur expression tacite par delà le patent, leur profondeur en deça de lobvie, ou au contraire lhyper pragmatisme et éloquence des mots sont ce qui imprime grandeur et majorité à la littérature qui sans elles, reste mineure.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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