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Par Camille Loty Malebranche

 

Dans les grandes contiguïtés de sens, faire l’économie de la plus petite nuance, consiste à taire de grandes différences qui, prises en compte, changent fondamentalement la signification des dits et des choses.

 

Dans un univers où les forces néfastes, pathogènes de la confusion, opèrent en mélangeant avec malignité, sans nuance, le bon, le neutre et le mauvais dans leur amalgame destructeur d’entendement, seul celui qui se surveille et exerce sa vigilance spirituelle, intellectuelle et morale du recul critique par la froideur interrogeante, a le pouvoir de voir. Le malin procède précisément par mélange pernicieux et pervers pour indifférencier. L’indifférenciation des nuances, l’indifférentisme du « tout se vaut », est l’arme de la déroute de la conscience, le piège de la perdition par altération de la perception et déviance de la logique subvertie parce que manipulée. Dans l’histoire de la tentation du Christ, il est écrit que le tentateur, lorsqu’il alla au-devant du Christ priant et jeûnant au désert, commença par lui proclamer la toute-puissance de Dieu qui protège l’homme contre l’abîme et la chute, avant de lui proposer de s’en prémunir pour se jeter dans le vide du haut de la montagne, après lui avoir suggéré de changer des pierres en pains! Il est obvie que le tentateur, pour être plausible, mise autant sur la pression du besoin matériel voire physiologique que sur l’orgueil de l’homme. Dans le récit de la tentation du Christ, c’est l’envie de manger chez un homme qui a faim, ayant longtemps jeûné, que le malin a ciblé pour porter le Fils à opérer un miracle soi disant salvateur. Remarquez que si Jésus de son propre chef avait fait des pains à partir des roches, c’eût été commode mais le faire sous instigation du méchant, deviendrait abominable, car en aucun cas, nul ne doit écouter le déchu. Voyons un peu le tableau brossé de cette tentative du tentateur qui résume en fait, l’action du méchant quand il nous pousse à céder au mal.

 

1) Le malin intervient en nos moments de faiblesse et de besoin, afin de profiter de notre vulnérabilité probable en feignant de nous porter à nous faire du bien. C’est en fait nous qui nous faisons du mal sous son influence sale…

2) Il nous trompe en brandissant le nom de Dieu et du Bien absolu à travers la spéciosité des propos, la vraisemblance d’une logique du bonheur ou du bien-être.

3) Il veut nous précipiter du haut de notre noblesse spirituelle, de notre montagne logico-morale dans les abîmes mortels de la pulsion charnelle et de la déraison.

 

L’histoire de la tentation du Christ est un triplet d’images et de symboles sur la méthode abominable du tentateur et sur les conséquences encourues par l’esprit non exercé par la prière et la foi, par la transcendance et la mesure. Quand satan dit au Christ de se jeter dans le vide parce que Dieu le protège, il masque adroitement le fait que si la protection divine est contre le danger, dans les circonstances où nous sommes corporellement menacés et moralement obligés de vivre aux bornes de nos principes spirituels - pour ne pas être victime de corps ni déchu d’esprit - la divine protection n’est jamais une carte blanche accordée aux inepties humaines se donnant libre cours par exhibitionnisme. Se jeter dans le vide pour mettre Dieu à l’épreuve, est en fait une forme débile de suggestion loufoque qui ne se fie pas en Dieu pour la préservation et la libération mais réduit grossièrement la vie de la foi à de l’histrionisme.

 

Le second cas est le « manger pour chasser sa faim en transformant les pierres en pain », là, le piège est encore dans l’excitation de l’orgueil du Christ qui devrait, s’il écoutait cet ennemi, se faire voir thaumaturge. Ce serait céder à la peccabilité humaine qui rend la plupart des hommes mauvais et esclaves par le besoin de se faire voir puissants aux yeux d’autrui. Il est aussi un message précis sur notre capacité humaine à résister à nos faims de toutes sortes en les transcendant par la prière et le bon sens, tout en agissant avec patience et foi, sans pactiser avec l’abominable, en attendant le temps favorable de nous procurer de quoi nous rassasier pleinement. Car écouter le méchant qui nous conseillerait notre bien, est toujours un fourvoiement à multiples facettes.

 

Devant l’autre argutie satanique de la promesse au Christ de le faire roi des royaumes de la terre, lui Jésus, le Fils de Dieu, nous rappelle notre vraie royauté en Dieu que nous oublions dans les dédales des misères terrestres au point de nous prostituer au malin pour quelques ersatz farfelus de grandeur éphémère qui, finalement, nous tuent et nous réduisent en moins que rien, marchepied du déchu. Jésus encore une fois nous dit l’illusion de ce monde où les règnes sont dévorés par le temps et où les rois soit disant vainqueurs conquérants de trônes et de pays, se perdent, perdent leur être qu’ils n’ont jamais ni compris ni conquis.

 

Jésus a la réponse : par la prière et le jeûne, il a expédié le malin en rappelant à ce minable déchu des abîmes, que c’est lui, le Seigneur, le Fils de DIEU. Nous, fils de Dieu par la rédemption en Christ, nous sommes les seigneurs qui doivent renverser le méchant sans jamais pactiser avec lui pour ce, d’ailleurs, qu’il ne possède même pas. Comme Jésus, nous sommes habités par Yahvé via son Paraclet, et donc à sa suite nous pouvons dire dédaigneusement que c’est nous les bénis, nous les dieux, à tous les princes du mal, aux pitoyables ennemis de Dieu, tant les déchus immatériels que les tentateurs physiques de ce monde d’illusion, où quelques charognards des systèmes séquestrent les biens communs pour faire chanter tous par la privation, la faim, l’ambition fagotée en tentation au mal. Proclamons la vérité de l’esprit que nous sommes et expédions le méchant à sa banalité par notre mépris métaphysique d’enfants de Dieu qui s’assument par la foi et la grâce omnipotente du Père.

 

Si un fils se mêle bêtement de connivence à des déchus, la conséquence lugubre de sa confusion existentielle, son aberration herméneutique comportementale, sera sa propre déchéance. Prions et exerçons-nous sans cesse à faire la conquête de l’entendement de discernement total tant métaphysique que temporel. Seul le discernement à la fois spirituel (supralogique) et logique constitue notre arme et l’armure inattaquable face à aux forces matérielles et immatérielles de la déchéance coiffée d’apparats et d’or qui veulent nous tenter et nous induire en confusion.

 

La confusion, cette condition de l’entendement piégé par le brassage pernicieux et pervers des nuances et contextes au gré des manipulateurs de toutes sortes, ne s’évite que lorsque l’esprit fort de la sagesse et de la puissance critique démasque les pièges qu’on lui tend. En métaphysique, c’est uniquement la lumière divine armant notre discernement qui brise l’assaut des forces du mensonge spécieux; en politique, seule notre maturité intellectuelle nous fait discerner et défaire les pernicieuses et perverses arguties des idéologues justifiant voire magnifiant toutes les faussetés de l’ordre du monde orchestré par quelques prédateurs économiques. 

 

Que le discernement spirituel et social nous garde des puissances visibles ou invisibles pitoyablement malades et putréfiées de ce monde, puissances marquées pour la destruction malgré la gloire immonde sous laquelle elles nous viennent comme coiffées de couronne, tentant inlassablement de nous tenter par les séductions mortifères de leurs pompes éphémères…

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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