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Par Camille Loty Malebranche

 

Il est un matérialisme cosmologique somme toute métaphysique qui a pris de nombreuses formes dans sa vision de la matière soit comme primant l’esprit, soit comme exclusive constituante du monde. C’est un matérialisme de représentation de l’univers qui recoupe divers cosmismes allant de l’atomisme à l’évolutionnisme en passant par certains panthéismes et nihilismes, lesquels refusent le primat de tout déterminisme non matériel du cosmos et contournent l’énigme des origines de la matière par l’inconnaissabilité, sorte d’agnosticisme athée plutôt que de lui accepter une quelconque autre provenance immatérielle. Ce matérialisme se contente de décrire par hypothèses invérifiables - malgré les prétentions scientifiques de certains de ses représentants - la génération de la matière.

 

Il est aussi un matérialisme opérant comme grille d’analyse des faits sociaux et de l’histoire, qui se retrouve dans les œuvres de nombreux penseurs, et dont Marx et Engels sont devenus les représentants théoriques les plus influents. Ce dernier matérialisme analytique du social et de l’histoire se décante en deux concepts selon sa prédication avec les adjectifs « historique » et « dialectique ».

 

Parmi les acceptions du vocable de matérialisme, l’un des plus courants emplois du terme se rapporte au socio-comportemental et qualifie les rapports pitoyables des gens voire des sociétés aux biens et services matériels et à l’argent qui permet de s’en procurer sans oublier la mégalomanie et toutes les pathologies et les complexes de domination et délires de discriminations qui en émanent. Ce dernier matérialisme est un trou béant et sans fond de tous les misérabilismes, de toutes les folies de pouvoir, de toutes les prostitutions et de toutes les compromissions qui ne sont autres que la prostitution du mental et de l’action faisant pendant à la prostitution proprement dite dans son marchandage du corps. C’est à cette dernière face du matérialisme, le matérialisme socio-comportemental donc, que ce bref billet est consacré.

 

 

Le matérialisme que j’appelle socio-comportemental unit dans son envergure tous les produits et sous-produits de l’intumescence grotesque de la propriété matérielle. C’est l’orgueil primaire et vil de la fierté objectale du consommateur réduit en ombre de l’objet chose ou service consommé. Ainsi, du milliardaire philistin qui se croit dieu des foules d’ombres  serviles l’idolâtrant, jusqu’au balayeur de cour qui se sent supérieur au chômeur refusant le cercle vicieux de travail pour le travail, en passant par le salarié idiot qui, à cinquante ans, vend sa maison payée, s’endette à nouveau pour en acheter une autre deux fois plus chère ainsi que vient de le faire son vieil ami de lycée fraîchement gagnant de la loterie... Le matérialisme est l’abîme de l’aliénation globale, le champ des fausses émulations, le cloaque des mimétismes et rivalités insanes, le rift des grossières crises d’identité au sein d’une société infrahumaine qui barbote dans ses miasmes malgré tous ses bavardages de civilisée, ses verbiages de porteuse de valeur, ses prétentions fantasques d’humanité aux logorrhées des chartes et institutions.   

 

 

Le matérialisme socio-comportemental est le règne du rayonnement objectal de l’homme réduit en simple reflet du coût de ses possessions, ses biens matériels. C’est littéralement la vision et représentation de l’humain comme néant qui prend forme et vie par l’apparat des objets. Ainsi la putain de luxe qui consomme de la lingerie de cinquante euros, même si elle est déjà traitée pour toutes les infections vénériennes dues à sa vie sexuelle malsaine, sera perçue grande dame alors que la femme vertueuse au foyer qui ne peut se procurer que des dessous ordinaires, fera pauvre figure.

 

L’aberration est la seule effigie du matérialisme socio-comportemental, un mode se vie social où le sous-produit de la loi du marché, le déchet ambulant qui vend illicitement des substances dangereuses et des armes tout en participant à des crimes, peut laver son argent dans du business et devenir patron de compagnies qui emploie des hommes de bien, des professionnels honnêtes qui ont fait l’ « erreur » de croire à d’autres valeurs que les trafics de drogue, de crédits voire de putains. D’ailleurs, à l’échelle macro n’est-ce pas exactement ce que font nombre d’institutions financières, minières, pharmaceutiques et les États impérialistes qu’elles utilisent pour piller les vrais producteurs de la richesse, affamant, les populations en prenant leurs mines, leur denrées agricoles, leurs terres tout en se proclamant les seuls maîtres de la planète. Quand la richesse matérielle prime tout il est certain que tous les moyens infâmes seront mis à son acquisition, et en de telles occurrences tout l’échafaud de mots, de chartes onusiennes, toutes les proclamations de la démocratie comme morale politique planétaire, tout le gargarisme des droits de l’homme pour mimer une finesse civilisationnelle, ne sont que pudibonderie des indécents, mignardise de charognards criminels se justifiant en ravalant par des discriminations millénaires leur proies nullement plus barbares qu’eux.

 

Dans le matérialisme socio-comportemental imposé au monde tant étatiquement (car c’est le genre d’horreurs que les oligarques infligent par la force de l’État aux citoyens réduits en serfs modernes) qu’interétatiquement via le financiarisme et limpérialisme, il n’y a aucune place pour l’humain ou le citoyen dont la citation dans les lois, n’est qu’alibi justificateur des prédateurs. Le matérialisme socio-comportemental exclut où il est, le moindre interstice de dignité humaine, de morale ou de logique sereine sans argutie. Seule la loi du plus accapareur, du plus possédant, nécessairement plus fort parce que disposant des armes et des chiens de garde de toutes sortes que la richesse permet de se payer, domine le terrain de chasse d’une espèce excellant dans ce qu’il faut appeler une « autocynégétique » sinistre, anthropophage qui consiste à diviser l’humanité en prédateurs et proies les uns pour les autres,  effaçant les plus infimes réflexes par lesquels, l’humain se présente dans ses proclamations et auxquels il est censé se reconnaître. 

 

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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