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Par Camille Loty Malebranche

 

Il est, sous l’hyperonymie conceptuelle de la « Beauté », une taxinomie plurale de l’attrait qui renvoie à la fois à la dimension et aux champs de ladite beauté. Nous décelons au moins trois sortes de beauté :

  1. La beauté plastique des corps que nous appellerons joliesse.
  2. La beauté idéelle de l’intentionnalité et de la manière qui concerne l’action humaine en général.
  3. La beauté supérieure de l’essence métaphysique (suprasomatique) qui est celle de l’ineffable divin, à laquelle tend l’esprit de l’homme Imago Dei.

 

De la beauté (joliesse) des corps et leur influence sur les sens.

 

Contempler la beauté corporelle est gratifiante et extasiante, toutefois, vouloir la posséder, la dévorer, peut devenir damnant. Et même dans certains cas, il est des beautés interdites à la jouissance qui médusent comme la hideur horrifiante de la gorgone! L’allégorie du fruit défendu en donne un édifiant exemple... Si Adam s’était détourné à temps de la capture mentale dressée par les murs immatériels de la contemplation compulsive, de l’attraction passionnelle et asservissante, de la mollesse à désirer la beauté comme matérialisée dans l’objet qu’est le fruit, rien ne lui serait arrivé… Le fruit défendu est l’illustration mythologique des risques encourus par l’homme fasciné sans retenue qui convoite la beauté. Car la fascination esthétique quand elle se corrompt devient convoitise de l’objet perçu comme incarnant ladite beauté et se dévie en corruption de la conscience et en damnation. Et, c’est peut-être là, l’une des plus extrêmes impiétés, vouloir chosifier et accaparer pour soi la beauté en oubliant que l’homme, s’il peut être porteur de la beauté lorsqu’il s’en fait miroir, en devient l’esclave s’il ne modère sa passion pour elle, puisque nul n’en est maître, nul ne domine ni ne détient la beauté comme un objet. La beauté peut faire jouir mais c’est avant tout l’apanage du sujet, plutôt qu’un objet à conquérir. L’on comprend alors que la beauté des corps naturels ou artificiels, telle celle des objets de l’industrie ou de l’invention humaine, nous renvoie à notre rapport à nous-mêmes à l’importance que nous donnons aux choses et à nos tendances. La beauté des corps, en nous faisant agir, dit jusqu’où nous sommes prêts à aller pour disposer d’un objet jugé beau en vue de son usage réel ou sémiologique dans le code du prestige social, jusqu’où la joliesse objectale peut nous entraîner à nous trahir nous-mêmes...

 

La beauté dans l’idée et la manière (l’art, laction  humaine créatrice)

 

En matière artistique, où la beauté n’est ni être ni chose mais représentation de la conscience imageante de l’homme, c’est précisément le stade de conscience et d’humanité de l’artiste qui s’exprimera et fixera dans le domaine de l’art où celui-ci évolue, les œuvres qui naissent en son for intérieur, son intimité. Car l’art est intimité travaillée par la dextérité, la créativité de l’homme mettant en route le pan imaginaire de son être, le stade de son cheminement émotionnel, métaphysique et son rapport à soi et à l’être en général. La beauté de l’œuvre d’art est autant dans l’élaboration idéelle de la représentation et le talent qui opère le mouvement d’expression conscientiel via la manière de façonner ladite représentation d’un étant du monde réel ou imaginaire selon le sentir unique de l’artiste. Là, toute l’esthétique est un littéral condensé du sentir personnel et du génie du style qui l’extériorise. À ce compte, l’art que nous définirions comme la mise en acte personnelle de la beauté de la représentation par l’artiste, ne peut être évalué sans porter au jugement de cette conscience humaine qui présente les choses et les êtres en les représentant comme pour se présenter soi-même, se dévoiler soi-même belle ou laide et ce, de manière peut-être bien plus forte et spécifique qu’en toute autre activité de l’homme; en tant que l’art, tout art, constitue un champ paroxystique de manifestation des profondeurs de l’intimité humaine: l’imaginaire. 

 

L'Ineffable divin (métaphysique).

 

Seul l’ineffable divin, entièrement spirituel est sans ombre comme Beauté parfaite, Magnificence que l’homme peut contempler tout en voulant la refléter en tant qu’Imago Dei. En dehors de la métaphysique Splendeur de Dieu, l’Ineffabilité de sa face supramatérielle, toute beauté physique, somatique voire idéelle peut, dans son avers détourné en revers par la perversion de l’homme qui la subvertit ou l’extrémise, nous induire en erreur, nous conduire au fourvoiement. La capacité d’être affecté par le Véritable Ineffable reste le fait des emmétropes spirituels aptes à vivre leur essence humaine et le sens au-dessus des attractions tentationnelles de la beauté finie du tangible, la joliesse illusoire des finitudes qui n’assouvissent que les sens.    

 

Dans un monde où l’agent à travers l’intentionnalité de l’acte posé ; le principe comme loi transcendante qui régit l’action en préordonnant les actes d’une conscience agissante ; la fin en tant que conséquence concrète de l’acte, forment les trois paramètres d’une morale globale, le rapport humain à la beauté demeure un problème majeur pour l’apprentissage du contrôle de soi devant les affects qu’impriment en nous les attraits du beau. Car après tout, l’esprit fort qui assume sa spiritualité, son essence supérieure, n’est-il pas l’humain de la conscience résolue qui résiste devant l’attraction forte de la joliesse attisant ses pulsions, pour faire primer le discernement de la beauté quil porte au dessus du joli perçu par les sens et les appels puissants du désir et de l’instinct.

 

L’esprit fécondant l’ineffable qui est en lui, s’évertue à  dominer et transcender par son ancrage spirituel dans la beauté des essences et valeurs, les tentations et pulsions que déclenche la joliesse proche et sensible des choses et des corps l’interpellant, exorcisant la beauté bernante et subornante de certaines idées et idéologies fourvoyantes ayant droit de cité dans l’ordre du monde et lunivers tangible en général!  

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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