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Par Camille Loty Malebranche

 

La tare de toute institution est l’essentialisation de soi pour avoir toujours raison. Et en matière ecclésiale, l’institution se divinise, divinise toutes ses erreurs et les impose en les sacralisant de peur de paraître faillible. Les institutions religieuses prônent la conversion mais, se proclamant divines, infaillibles, rejettent pour elles-mêmes le principe de la conversion. La faillibilité, la peccabilité - chose humaine répandue entre toutes - parce que méconnue par l’institution, transforme les tenants institutionnels en monstres tyrans et menteurs qui veulent soumettre tous aux dogmes et mensonges convenus.    

 

Dans Matthieu 27v51, l’évangéliste nous dit qu’à la mort du Sauveur, le voile du temple se déchira de haut en bas. Ce déchirement total du voile du temple réfère au dévoilement de la révélation divine restée monopole hiératique, chasse gardée des prêtres et pontifes qui, de leur institution en ont fait comme leur secret, la raison d’être de leur hiératisme, le sceptre de leur prêtrise. Car en accomplissant l’ultime et complet sacrifice pour le salut de quiconque croit en Dieu en acceptant la rédemption christique, Jésus instaure l’Église aninstitutionnelle des croyants-prêtres sans les églises institutionnelles que symbolise le lieu sacré mis à nu et donc expédié aux cloaques. Le croyant racheté du Christ est ordonné prêtre habilité à célébrer le seul culte qui vaille, qui est d’apporter à Dieu la seule offrande sensée dont dispose l'humain: le soi-esprit, cet être profond de l’homme avec tout ce qui fait partie de sa vie métaphysique, somatique et sociale.

 

Désormais, la Vérité divine en Jésus, n’est plus le secret d’une quelconque curie qui puisse se prévaloir d’en être la détentrice. La connaissance de Dieu est libérée du carcan institutionnel fait d’une liturgie de rites fascinatoires manipulateurs, liturgie si souvent émaillée d’une herméneutique affairiste, idéologisée par la religion sociale. Le rôle du ministre attitré de Dieu est relativisé, assigné à celui de célébrant qui doit entretenir la mise en communauté des croyants et appeler les incroyants sans être chef de culte par supériorité, car tout croyant digne de son nom, est le seul autel, le seul culte, la seule offrande, le seul adorateur dans le temple vivant qu’est le corps humain. L’homme intérieurement en contact véritable avec Dieu par la foi dont il vit les principes spirituels et moraux, est lunique temple vivant et consacré que Dieu agrée, reconnaît. Le Verbe incarné, crucifié du haut de cette montagne a mis fin au privilège hiératique millénaire d’une race sacrée, d’un peuple élu et d’une curie sanctifiée, rendant l’offre du salut ouverte à tous, désignant chaque homme sur cette terre de toutes les douleurs où le passager humain affronte en son existence les forces du péché, les faiblesses de la tentation et la perspective de la mort qui ponctue toute vie organique, trouve la victoire spirituelle, la vie éternelle de l’esprit et un accompagnement permanent du Paraclet de Jéhovah lui garantissant protection sur les routes ténébreuses, périlleuses de l’ici-bas. À travers les méandres de cette existence, l’homme de foi se sait prêtre en son temple somatique où il se reconnaît fils de Dieu. Le voile déchiré est donc renvoi de la religion d’apparat et de cérémonialité, pour la proclamation de l’homme esprit, fils de Dieu au corps-temple.

 

Le temple-bâtiment est dorénavant remplacé par le temple somatique et le seul culte que Dieu réclame est la consécration de l’esprit qui habite le corps et qui doit en faire le tabernacle vivant de Dieu qui l’a construit pour y être l’hôte de l’esprit. Temple vivant, royaume de Dieu ici-bas où l’homme triomphe de la peccabilité. Toute la bataille métaphysique de l’homme se corse donc dans son aptitude spirituelle à transcender les appels négatifs de sa nature duelle en rapport à sa propre dualité hypostatique d’un esprit vivant dans un corps-âme, ce, malgré son unité ontologique. Le combat de l’homme est au moins triple et tient à l’espèce de ses rapports à Dieu, à soi et à autrui, rapports métaphysiques, sociaux que doivent prédéterminer les principes de la morale spirituelle.

 

Le voile déchiré du temple consacre la dernière libération christique de l’homme qui croit. Le voile disparu ruine les assises logiques de la prêtrise institutionnelle. Les curies, on le sait, ne vivent que de voiles, de secrets et de sacrifices, c’est pourquoi, la rédemption accomplie annihile la prêtrise cérémonielle. Dans la communauté des vrais chrétiens libérés, tout frère qui veut se consacrer à assembler les croyants pour un culte extérieur collectif, le peut, mais l’ordre des pontifes et des accoutrés de calotte ou de mitre avec leurs assesseurs en robe ou en veston qui fascinent le populo, n’a plus strictement aucune importance spirituelle et reste une coutume liturgique à la discrétion des organisateurs sociaux du culte public.

 

Comme le dit le Christ, "ni au temple, ni sur la montagne, le véritable adorateur adorera Dieu en esprit et en vérité".

 

L’homme de foi véritable est prêtre et seul prêtre capable à s’offrir à Dieu, son Père depuis le sacrifice expiatoire et propitiatoire de Jésus, le Christ.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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