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Par Camille Loty Malebranche

 

Lire est un acte intellectuellement fondateur et constructeur dont le lecteur avisé s’acquitte en se donnant les bons matériaux idéels et représentationnels, tour à tour se dépouillant pour être à l’école de l’étant à lire, en traçant en architecte le plan de conception. Le lecteur avisé et accompli est élaborateur de voies à la signification, un herméneute constructeur en acte.

 

Le lecteur souverain est celui qui appréhende les codes des étants qu’il observe pour en avoir la perception juste tout en mettant à contribution les écrits et documents disponibles. Naturellement, le lecteur accompli, sachant qu’il n’a pas créé le monde et que nul ne porte de science innée, se nourrit de toutes les pistes lecturielles que constituent les documents, révélations sur les principes et vérités pérennes de l’étant du fait ou de la situation qu’il lit par lui-même. Toutefois, le lecteur accompli se reconnaît par l’approche libre de la quiddité à découvrir tout en gardant néanmoins les bonnes clés de lecture établies et dont il use dans sa méthode propre pour comprendre son objet ou explorer son sujet selon la nature de ce qu’il lit.

 

La philosophie ou même l’intellectualité, quand celle-ci est vraie, n’est pas réductible à une activité de ressassement des lectures de livres ou d’articles que l’on cite pour montrer qu’on les a lus, qu’on est lecteur. Citer ne vaut que lorsqu’il sert à mieux corser une pensée propre.

 

Comme le grossier inculte qui substitue la sauvagerie de l’irrespect, la fausse arrogance au prestige qui émane de la profondeur de la personnalité, les inepties des liseurs dénaturent la lecture et l’intellect, galvaudant le sens ultime de l’acte de lire qui est de converser avec la pensée d’autrui, d’entrer dans l’univers d’autrui sans cesser d’être soi. Là, l’on comprend que le niveau mental, la personnalité prédétermine les goûts et le niveau de lecture.

 

Lire, c’est savoir prendre du recul face à la somme des lectures que constituent les livres d’autrui; c’est avoir la faculté interrogative pour lire par soi-même les étants et situations dans une quête herméneutique menée d’après des repères bien conçus. Le lecteur accompli défait le monde des idées émanant du monde et de ses comptes rendus, pour reconstruire par les matériaux idéels de son cru, l’univers qu’il se crée. Univers qui rejoindra, bien entendu, ce qui existe déjà, car il n’y a pas d’esprit isolé même si tout esprit est unique. L’unicité n’exclut point la famille spirituelle qui est aussi intellectuelle et se reconnaît par la communauté axiologique.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Tag(s) : #Monde du Concept

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