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Par Camille Loty Malebranche




 

Le seul sens du syntagme nominal « royaume de Dieu » dans le langage mystico-didactique du Christ ne peut être que celui du stade de conscience de l’homme pénétré de l’intuition de sa nature métaphysique, qui cultive par la Foi spirituelle, le divin qu’il porte en lui-même. Le royaume de Dieu est le niveau conscientiel de l’homme croyant et vivant sa vérité selon le sens fort du théophore qu’il est, malgré les affects d’insignifiances qui jalonnent toute existence terrestre.

On ne commentera jamais assez cette affirmation de Jésus « Le royaume de Dieu est en vous ». On sait que le royaume des cieux, la « maison » du Père, constitue l’eschaton dans la doctrine chrétienne, le lieu de la félicité promise. Pourtant Jésus dit que le royaume de Dieu est en l’homme comme une latence du divin à rendre patent par l’éveil de la conscience métaphysique qui n’est autre que la vie de la Foi spirituelle, cette Foi qui n’est pas juste le fait de savoir pertinemment que Dieu existe ni celle que Paul décline dans sa trilogie des vertus théologales, ni celle de disposer des facultés mentales, psychokinétiques de la suggestion, mais la Foi spirituelle en tant que fusion intérieure avec Dieu, vie commune avec l’Esprit du Père dont Jésus nous dit ailleurs, qu’il vient habiter à vie avec le croyant au point de prendre le repas du soir avec ledit croyant. Le repas du soir n’est ici autre que la fin du parcours terrestre de chaque homme. La Foi spirituelle comme mitsein humano-divin est l’amour parfait de Dieu chez le croyant. Et, pour illustrer ce que nous disons, qui va relativiser les propos pauliniens sur l’amour séparé de la foi et de l’espérance, il faut penser à la chute de lucifer. Lucifer, vivant depuis toujours avec Dieu, malgré cette présence que seuls connaissent les êtres supérieurs non de chair, n’a pas eu la foi en son Créateur au point de le croire vulnérable, renversable. C’est que sans la Foi spirituelle suprême, nul ne peut vraiment aimer Dieu. C’est cette Foi qui, ici-bas, nous fait vivre, nous les humains, le royaume de Dieu en nous, c'est-à-dire la conscience de notre nature intérieure qui est esprit et tous les privilèges métaphysiques qui s’y rattachent : la vie éternelle, le secours toujours disponible de Dieu et la paix face aux adversités et la certitude espérante malgré la déchéance du monde.



Le vocable de royaume de Dieu évoqué par Jésus constitue une andragogie spirituelle, un anthropomorphisme pédagogique pour inscrire dans le mental de l’homme, l’image du statut divin de l’esprit. Force est de remarquer que Dieu ne voulait pas créer de royaume au peuple juif, tant le concept de royaume terrestre lui est dérisoire. Ainsi, c’est strictement pour atteindre l’imaginaire des hommes que les anthropomorphismes de l’autorité divine sont créés, et non pour légitimer métaphysiquement les monstruosités des pouvoirs d’État et de leurs tenants. D’ailleurs, Jésus n’a-t-il pas comparé sa propre parousie à la venue d’un voleur forçant les portes du propriétaire endormi! Il faut toujours dépasser les anthropomorphismes appellatoires, ce ne sont jamais que des voies linguistiques et langagières pour parler des indéfinissables voire innommables de la mystique. Jésus nous dévoile donc par l’anthropomorphique appellation de royaume divin, le statut divin latent qui est au potentiel de la conscience humaine profonde. L’homme, sans être Dieu, est divin, c'est-à-dire essence spirituelle émanée de la nature divine qui est esprit. La vérité spirituelle est la seule où l’homme, par delà les misères contingentes de l’existence terrestre, par delà les misères de la chair et les platitudes et vicissitudes des interactions de fait avec le monde impermanent, platement matériel où évolue son être au monde, peut contempler en son intériorité, sa grandeur d’imago Dei.


Le royaume divin présente donc ce divin par substance et non par fonction ou envergure qu’est l’humain. Le royaume est cette filiation divine de l’esprit, éprouvée dans le for intérieur de l’homme qui se pénètre. C’est donc une évocation du divin immanent qu’est l’esprit incarné vivant comme être au monde. Le royaume est aussi la vie vécue en harmonie avec son sens, selon les codes de la vérité qui sont en nous, codes spirituels qui nous mènent sur la route de l’évolution ontologique.


Loin des félonies inconscientes contre l’ennaturation, le royaume de Dieu réfère à la voie des esprits accomplissant leur vocation. Ennaturation, réponse de l’esprit à sa nature, expression du divin qui réalise le règne du Père tel que prescrit par le Christ comme invocation prioritaire dans sa conception-préconisation de la prière des élus. Le royaume de Dieu est l’avènement de l’homme nouveau qui transcende la vanité et de la discontinuité des choses et situations de ce monde, c’est la vie préréglée selon la certitude de l’amour de l’Esprit originel qui - dans l’immuabilité de son amour créateur et rédempteur, par l’alliance christique, alliance nouvelle, éternelle avec l’humanité - appelle chaque homme à se reconnaître esprit fils de l’Esprit.


CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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